«Je ne vous parle pas de nos prospérités; la politique ne vous importe guère. Les chambres vont s'ouvrir, et nous aurons, à une immense majorité, cette septennalité dont vous avez vu M. de Montmorency si inquiet. La session durera quatre mois, de sorte que je serai libre à votre arrivée en France. Vous ne sauriez, sans la plus cruelle injustice, douter de la joie que me causera votre retour.

«Comment est votre santé? et celle de votre nièce?»

LE DUC MATHIEU DE MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.

«Paris, ce 1er avril 1824.

«Je suis aux regrets et aux remords de ne vous avoir pas écrit par le dernier courrier, aimable amie. J'avais à me réjouir de votre véritable convalescence printanière, après une indisposition beaucoup plus grave que je ne le croyais. Adrien a été bien aimable par son exactitude à me donner de vos nouvelles: et vous avez eu ensuite la même perfection par votre bonne lettre qui me donnait des siennes, après cette effroyable aventure de cette charmante jeune anglaise[20]. Votre récit m'a bien touché. Je conçois tout ce qui a bouleversé le coeur de mon pauvre cousin, et même ce reproche qu'il se faisait, d'avoir indiqué le chemin, quoique ce fût bien innocent. Vous avez mis tout le charme que je connais si bien dans vos soins d'amitié, et il me mande qu'il les a bien appréciés.

«J'ai raconté cette triste histoire à Mme de Broglie, qui me demandait beaucoup de vos nouvelles et s'étonnait de n'avoir pas eu de réponse à sa lettre. Je n'avais plus le courage ou la fatuité de répondre que vous n'écriviez guères; car vous m'avez traité cette fois avec une bonté dont mon coeur est vivement reconnaissant.

«J'ai dîné l'autre jour chez ce rival[21], à côté de lui. La conversation a été facile, même sur un sujet délicat, une brochure très-hostile faite par un homme qui m'a tenu de près, et dont Adrien pourrait peut-être vous donner des nouvelles, et vous dire en toute sincérité que j'avais voulu l'empêcher. Mais il n'y a plus jamais rien de bien expansif, et le sujet sur lequel nous le sommes le moins, c'est peut-être vous. Il a parlé de votre retour, et moi j'en parle aussi, et je dis que c'est aujourd'hui le 1er avril, et que, si aux premiers jours de mai, au plus tard, vous ne vous mettiez pas en route, l'amitié aura le droit de jeter les hauts cris.

«Adieu, adieu.»

M. DE CHATEAUBRIAND À Mme RÉCAMIER.

«Paris, ce 3 avril 1824.