La reine était encore singulièrement jolie: elle conservait presque l'éclat de sa jeunesse, sa blancheur était celle du lis; elle avait pris beaucoup d'embonpoint, et comme elle n'était pas grande, sa tournure n'avait pas gagné en élégance. Elle avait une conversation vive, des manières caressantes, et on comprenait qu'elle devait, quand elle voulait plaire, exercer un grand empire de séduction.

Il régnait, entre sa fille et elle, le ton de la plus confiante tendresse; avec le général Macdonald, un sentiment affectueux mêlé à une nuance de domination; envers ses hôtes, et en particulier pour Mme Récamier, c'était une effusion, une reconnaissance très-aimables, mais qui prouvaient, hélas! combien peu de témoignages désintéressés la sympathie et la reconnaissance avaient offerts à cette royale infortune.

Au surplus, il faut dire qu'excepté pendant le dîner et durant les moments qui se passèrent en voiture, Mme Murat, qui calculait avec tristesse la brièveté du temps que Mme Récamier pouvait lui donner, s'arrangea pour se ménager avec elle un tête-à-tête de douze heures.

Le 10 mai, Mme Récamier reprenait en effet la route de Paris où de graves intérêts d'amitié et de famille lui donnaient le vif désir de rentrer. En y arrivant, elle trouva qu'elle y avait été précédée par une lettre de Mme Murat, qui lui exprimait encore son amitié et sa tendre reconnaissance.

Mme MURAT À Mme RÉCAMIER

Trieste, 11 mai 1825.

Vous voilà bien loin de moi, ma chère Juliette, et je me demande si le bonheur que j'ai eu de vous embrasser n'est point un songe. Il s'est envolé bien vite, et il ne me reste que l'inquiétude de vous savoir en voyage et souffrante. Je crains que mon amitié n'ait pas assez calculé vos forces et que, ne voulant rien perdre des minutes que vous pouviez me donner, je n'aie aggravé votre indisposition. Vous avez eu à souffrir aussi l'extrême chaleur et la pluie; depuis votre départ, le temps est changé. L'hiver est revenu et vous sentirez la rigueur des frimas, en approchant du Simplon. Donnez-moi de vos nouvelles, chère et aimable Juliette. Qu'elles soient rassurantes sur votre santé. Louise m'a dit combien votre jolie nièce avait souffert, cette dernière journée, de cette soirée qui lui a paru si longue, et à moi si courte. J'espère que cette souffrance n'a pas eu de suite; dites-lui mes regrets et mon amitié. Ne m'oubliez pas non plus auprès de M. Ballanche. Adieu, ma chère Juliette, croyez à la constance de mon amitié. Je ne pourrai jamais oublier la preuve touchante que vous venez de me donner de la vôtre.

«CAROLINE.»

Mme Récamier revint d'Italie dans les derniers jours de mai 1825, après une absence de dix-huit mois. C'était le moment du sacre du roi Charles X; elle ne trouva donc à Paris ni M. de Chateaubriand, ni le duc Mathieu de Montmorency, qui, tous deux, étaient à Reims pour les cérémonies.

M. de Montmorency lui écrivait: