«Dites, je vous prie, à votre aimable compagnon de voyage, ma peine de savoir qu'il a été durant une heure dans les corridors avec mes gens; mais il sait vous apprécier, et il doit facilement concevoir le plaisir que j'ai eu de vous revoir, et tout occupée de vous, il m'excusera d'avoir négligé une personne que je n'ai pas le plaisir de connaître.

«Quelle journée je vais passer, chère Juliette! Dites, je vous prie, à votre nièce l'impatience que j'ai de la revoir.

«Ma fille ne me pardonne pas de ne l'avoir pas fait éveiller; vous serez la cause de la première bouderie que nous aurons eue ensemble.

«Je vous embrasse, ma chère Juliette.

«CAROLINE.

«Dites à mon valet de chambre à quelle heure vous désirez la voiture et ce que vous voulez faire aujourd'hui.»

Après un déjeuner fait à l'auberge, et selon le rendez-vous indiqué le matin, on monta dans une voiture envoyée par Mme Murat, et on se rendit chez elle. Mme Récamier présenta alors à la reine son noble et modeste ami, M. Ballanche, et sa nièce que, dans d'autres temps, la reine avait accueillie enfant avec une si indulgente bonté. À son tour Mme Murat présenta à Mme Récamier sa seconde fille, la princesse Louise, qui devait quelques mois après épouser le comte Rasponi, et le général Macdonald. Après avoir été aide de camp du roi Joachim, ministre sous la régence de Caroline, le général Macdonald, seul ami et seul courtisan de l'adversité, ne s'était point séparé de la veuve et des enfants de son ancien maître.

Ces présentations achevées, on monta dans deux calèches découvertes, et on se rendit en traversant Trieste à une villa appartenant à la princesse Napoléon (depuis la comtesse Camerata), fille unique de Mme Élisa Bacciocchi, et par conséquent nièce de Mme Murat.

La villa, dont les propriétaires étaient absents, devenait pendant l'été l'habitation de la reine. Ce qu'on traversa de Trieste parut gai, propre et bien bâti; la route du casin, vers lequel on se dirigeait, côtoyait en s'élevant les bords de l'Adriatique, et c'était un panorama ravissant que celui dont on jouissait du casin lui-même: la mer, dans les flots de laquelle se mirait Trieste assise sur son rivage, et la ville elle-même couronnée par des collines bien boisées, bien cultivées, où l'oeil découvrait de tous côtés d'élégantes habitations.

Mais la curiosité des voyageurs était beaucoup plus captivée par l'examen des personnes que par l'aspect des lieux.