«Il est nécessaire que nous convenions des morceaux qu'il devra chanter, qu'il a déjà fait chanter mille fois et dont j'ai du reste la musique, que je pourrai lui donner.
«Mille pardons de tant d'importunités; mais voilà comme sont les dames à bonnes oeuvres: je ne connais rien de plus tracassier, de plus ennuyeux, de plus entêté et de plus inutile.
«D'avance recevez, Madame, tous mes remercîments sincères et l'expression de mes bien tendres sentiments.
«LA VICOMTESSE DE CHATEAUBRIAND.»
L'année 1827, signalée par une irritation toujours croissante contre le ministère, y vit mettre le comble, par la mesure aussi maladroite qu'impopulaire de la dissolution de la garde nationale.
Le dévouement du duc de Doudeauville à la politique de M. de Villèle était absolu, et ce sentiment entraînait loin de sa modération accoutumée cet homme de bien, si doux et si mesuré à l'ordinaire dans son langage, lorsqu'il écrivait à Mme Récamier, le 17 mars 1826: «Quant à votre ami, il s'est fait gazetier, et gazetier bien violent; aussi s'est-il nui dans tous les partis.» Mais cet enivrement ne devait pas durer. Dès le mois de mars 1827, lors du scandale qui se produisit aux obsèques de son cousin, le duc de Larochefoucauld-Liancourt, M. de Doudeauville avait commencé à se séparer de M. de Villèle.
Trop honnête homme pour rester dans le cabinet après l'adoption d'une mesure qu'il avait vainement combattue devant le roi, le duc de Doudeauville donna sa démission le 30 mai, le lendemain de ce licenciement, dont l'effet fut si fâcheux.
Les fautes du ministère et l'opposition de M. de Chateaubriand devaient enfin porter leur fruit, et le 5 janvier 1826, le ministère de M. de Martignac remplaçait l'administration de M. de Villèle.
Il fallait faire une place à l'homme dont le redoutable talent avait amené ce résultat. L'entrée de M. de Chateaubriand au ministère n'étant pas possible, on lui proposa le poste le plus capable de le tenter et celui où ses goûts, sa renommée, les services éminents rendus par lui à la religion, l'appelaient naturellement à défaut d'un ministère: c'était l'ambassade de France à Rome. Mais cet arrangement enlevait au duc de Laval une résidence qui lui était très-agréable, où il avait parfaitement réussi, et cette fois encore Mme Récamier se trouva placée entre les intérêts opposés et les prétentions rivales de deux de ses amis.
Il ne manqua pas de gens empressés à aigrir ce conflit; mais, comme à l'ordinaire, Mme Récamier parvint, par son influence, à apaiser les amours-propres. Le duc de Laval instruit des nouvelles combinaisons qui menaçaient de l'envoyer de Rome à Vienne, tout en regrettant vivement un séjour qui lui plaisait et où son succès n'était pas douteux, finit par acquiescer aux nécessités de la politique. Il écrivait à Mme Récamier le 27 janvier 1828: