«Un mot, un seul mot, chère toujours chère, en réplique à votre petite lettre du 3, retardée dans son voyage; mais elle est si complétement aimable envers notre amitié, si remplie de citations intéressantes que je ne puis laisser languir ma réponse. Certes, le langage que vous faites tenir à votre ami, les propres termes que vous citez, sont bien différents de ce que le public lui attribue, et des sentiments et des desseins qu'on lui suppose avec tant d'assurance et d'opiniâtreté.
«Malgré les apparences, c'est vous qui devez avoir raison; c'est vous qui connaissez plus profondément qu'aucune autre le fond de cette pensée, et pénétrez jusque dans les replis les plus secrets de cet esprit.»
Au milieu de ces difficultés, Mme Récamier fut frappée par un grand chagrin: elle perdit son père. Le duc de Laval, témoin depuis tant d'années de sa piété filiale, lui écrivait à cette occasion:
«Rome, 5 avril 1828.
«M. de Givré m'apprend à l'instant cette bien triste nouvelle qui a dû porter dans votre coeur filial une douleur profonde. Je romps le silence qui convenait, j'espère, plus à votre habitude qu'à votre amitié, pour vous offrir le bien sincère témoignage de mon intérêt. Soyez sûre, et le doute ne vous est pas permis, soyez certaine qu'il ne peut pas vous arriver un malheur qui ne soit aussi un malheur pour moi. Que vous ne répondiez pas à cette expression amicale, comme vous n'avez pas répondu l'année dernière à ma lettre d'Albano, n'importe: c'est toujours vous; c'est toujours une amie de vingt-cinq ans, une personne pleine d'un charme dont j'ai senti la puissance et goûté les intimes sentiments pendant la meilleure partie de ma vie.
«Ma pauvre tante de Suresnes[52] me donne quelquefois de vos nouvelles. Elle vous aime par un lien qui ne peut se rompre. Hortense[53] aussi, avec laquelle vous aviez si peu d'affinités, vous adore. C'est votre talisman que cette manière d'attirer si puissamment et involontairement à vous.
«Mes amitiés à M. Ballanche, à Mme Amélie, à son mari et quelques autres que, dans votre cabinet bleu, j'ai entendus si souvent prononcer mon nom sans peine. Adieu, et tout à vous de coeur.
«ADRIEN.
«Je donnerais bien quelque chose pour connaître votre opinion sur les personnes et les choses du temps. Les confidences vous arrivent.»
M. de Chateaubriand, nommé à l'ambassade de Rome, adressa au comte de La
Ferronnays, ministre des affaires étrangères, la lettre suivante: