«Voici qu'il m'arrive des dépêches d'Ancône et que je suis obligé d'expédier un secrétaire en courrier. Il part à l'instant, vous recevrez cette lettre à huit ou neuf jours de date, et vous pourrez faire rechercher, par M. Henri, toutes celles qui pourraient être encombrées aux affaires étrangères. Depuis que je suis à Rome, je vous ai écrit tous les courriers, c'est-à-dire, trois fois par semaine, et toujours pour vous dire que je me meurs ici sans vous, et qu'il faut ou que vous veniez, ou que j'aille vous retrouver; mais rappelez-moi plutôt. J'ai le mal du pays.»

De son coté, le duc de Laval écrivait à Mme Récamier, en arrivant à
Vienne.

LE DUC DE LAVAL MONTMORENCY À Mme RÉCAMIER.

Vienne, 11 octobre 1828.

«Je voudrais par quelques mots de ma vieille et inaltérable amitié me rappeler sensiblement à votre pensée.

«Je suis ici depuis deux jours; la mélancolie m'accable et me paraît un poids insurmontable dans une situation si nouvelle. La France et l'Italie sont incessamment présentes à mon esprit. On se sent isolé comme dans un désert au milieu de tant de nouveautés. Maison, personnes, langue étrangère, tout m'est inconnu, et toutes ces nouveautés me jettent dans la plus étrange confusion d'idées.

«Il me sera doux de recevoir un mot de vous, de voir une écriture amie, de savoir que notre dernier entretien ne vous a pas laissé d'impressions pénibles. Enfin soyez bonne, généreuse, bienveillante envers le plus ancien de vos amis.

«Mandez-moi si votre solitude et vos regrets ne vous ont pas fait changer de résolution; si vous avez vu ma tante[62], mon aimable tante dont le charme domine encore tous les chagrins, enfin si vous restez à l'Abbaye.

«Soyez indulgente pour ce billet si insignifiant qui n'a de valeur que par son intention de vous prouver que dans mes ennuis, mes embarras de toute sorte, je songe à la plus ancienne de mes amies.

«Je désire être rappelé au souvenir de votre fidèle Ballanche, avec lequel j'ai toujours sympathisé.»