LE MÊME.

Rome, ce mardi 28 octobre 1828.

«Au moment où je vous écris, M. de La Ferronnays doit être arrivé, et la question de la reprise de son portefeuille doit être décidée; d'un autre côté, vous avez dû recevoir à peu près toutes mes lettres. Vous connaissez tous mes sentiments, ce que m'a fait cette Italie, ce que j'y pense, ce que je désire. Vous aurez aussi vu Taylor, de sorte que toute ma destinée du moment est accomplie, et que c'est de ce moment qu'il nous faut partir pour arranger l'avenir. Je fais ce que je puis, et bien au delà de ma paresse et de mes goûts, pour plaire un peu aux personnes qui m'environnent. Mais ce soin que je prends de la bienveillance d'un monde si divers, serait bien mieux entre vos mains que dans les miennes, et ces visites éternelles et ces compliments sans fin augmentent en moi le mal du pays dont je suis tourmenté.

«J'ai vu M. de Forbin; je le trouve bien changé et il me fait de la peine. Mme de Valence ne parle que de sa pauvre fille, et je l'aime d'être aussi triste que moi. Nous avons le prince royal de Prusse qui viendra peut-être à la Saint-Charles, 4 novembre, passer la soirée chez moi. Ce jour-là nous entr'ouvrirons notre porte pour la refermer après. J'attends avec impatience Mme Salvage qui est à Milan, et avec laquelle je pourrai parler de vous. Mme de Valence m'a demandé si vous veniez, et j'ai dit hardiment qu'oui, si je ne retournais pas moi-même en France. Me gronderez-vous? Je ne serai un peu tranquille que quand vous m'aurez dit que vous avez reçu toutes mes lettres, et que vous êtes contente de moi. À jeudi.»

LE MÊME.

«Rome, ce jeudi 30 octobre 1828.

«Je reçois ce matin une lettre de Paris du 21 de ce mois, à neuf jours de date, et je pourrais avoir de vos nouvelles à cette date, et il n'y a rien de vous! Prenons patience. On me mande que M. de La Ferronnays devait revenir le 24 ou le 25, et qu'il reprenait le portefeuille. Ainsi, nous voilà en paix de ce côté; restent les ennuis de l'absence et tous les sentiments dont je vous entretiens trois fois par semaine. Je ne serai un peu plus heureux, ou un peu moins triste, que quand vous aurez écrit souvent et longuement, et que vous m'annoncerez ou mon rappel ou votre arrivée.

«Je vois dans tous les journaux des nouvelles de l'expédition d'Égypte: vous êtes en paix sur M. Lenormant; mais si vous ne venez au-devant de lui qu'au mois de mars, quel long espace à parcourir et à attendre!

«Vous occupez-vous de Moïse dans l'intervalle? L'occasion est
peut-être bonne, et je vous ai fait maîtresse de son sort.

«S'il ne s'agit pourtant pour venir que de le jeter au feu,
brûlez-le vite.