«Nos journaux ont été bien misérablement turcs dans ces derniers temps. Comment ont-ils pu jamais oublier la noble cause de la Grèce, et tomber en admiration devant des barbares qui répandent, sur la patrie des grands hommes et la plus belle partie de l'Europe, l'esclavage et la peste? Voilà comme nous sommes nous autres Français: un peu de mécontentement personnel nous fait oublier nos principes et les sentiments les plus généreux. Les Turcs battus me feront peut-être quelque pitié; les Turcs vainqueurs me feraient horreur.

«Voilà mon ami resté au pouvoir. Je me flatte que ma détermination de le suivre a éloigné les concurrents à son portefeuille. Mais enfin il faudra que je sorte d'ici; je n'aspire plus qu'à rentrer pour jamais dans ma solitude, et à quitter la carrière politique. J'ai soif d'indépendance pour mes dernières années. Les générations nouvelles sont élevées; elles trouveront établies les libertés publiques pour lesquelles j'ai tant combattu: qu'elles s'emparent donc et qu'elles ne mésusent pas de mon héritage, et que j'aille mourir en paix auprès de vous! Je suis allé avant hier me promener à la villa Panfili: quelle admirable solitude!

«Une heure.

«Voilà enfin une lettre de vous par le courrier ordinaire, elle est du 25 octobre. Elle m'annonce que vous avez reçu mon petit mot d'Ancône, et ma première lettre de Rome. Vous aurez été depuis ce temps accablée de mes trois lettres par semaine, et j'espère que vous en êtes au vif repentir.

«Je suis pour laisser faire Taylor. L'occasion est admirable et ne se représentera plus. Si nous tombons, je n'y suis pour rien: comme lord Byron absent, je me lave les mains de ma pièce; si nous réussissons, un succès de plus ne gâte rien. Attendre le silence politique? Quand l'aurons-nous? Les événements s'enchaînent et nous entraînent avec eux. Arrangez donc cela. Envoyez chercher Taylor, s'il n'a pas paru. L'argent se prendra chez M. Hérard, mon banquier.

«Nous savons les nouvelles de la pauvre Soeur. Mme de Chateaubriand est bien inquiète et bien malheureuse. Outre l'attachement qu'elle a pour la Soeur, elle craint que sa mort ne désorganise et ne fasse tomber l'Infirmerie.

«Envoyez maintenant vos lettres aux affaires étrangères. J'ai monté la correspondance. M. Denoys se charge de tout, et j'aurai à présent un courrier extraordinaire toutes les semaines. Au lieu d'attendre vos lettres douze à treize jours, elles me parviendront le huitième.

«Vous me dites de parler de vous à telle et telle personne: j'en parle à tout le monde, encore hier au soir à Visconti. Je vous annonce pour Pâques et on est ravi. Viendrez-vous, ou irai-je? J'aime mieux aller.

«J'ai donné l'ordre à M. Hérard, banquier, rue Saint-Honoré, 372, de compter la somme de 15.000 fr. à M. Taylor, s'il venait la lui demander de ma part ou de la vôtre. J'ai donné votre nom et votre adresse.»

LE MÊME.