Marguerite rentra au couvent en qualité de novice presque aussitôt en être sortie. Et, comme une fois, Marie-Rose, sa cadette de quelques années, faisait une allusion discrète aux macérations qu’elle s’était imposées du temps qu’elle était pensionnaire, la petite sœur lui répondit :

— Je me suis mortifiée du jour où, à la suite d’une grave remontrance de mon père, j’ai compris à quel point j’étais sensuelle, à quel point j’aimais la toilette, les friandises, le plaisir sous toutes ses formes. Si je n’avais pas fait ce gros effort pour me corriger, je risquais de causer beaucoup de mal aux autres et à moi-même.

A la suite d’une grave remontrance de mon père ; plus tard, Marie-Rose fut bien aise de savoir que, pour Marguerite, au moins, l’influence religieuse ne devait pas être mise en cause. Les scrupules exagérés d’une âme de fillette, joints à une sévérité paternelle, peut-être inopportune, avaient seuls déterminé la crise.


Jeannine fut longtemps la pensionnaire la plus arrogante qui se pût voir. Ce n’était point qu’elle humiliât ses compagnes, elle les ignorait pour la plupart. Elle semblait croire que la place occupée par elle dans le monde était unique et bien supérieure à celle que devait occuper le reste du genre humain.

Du jour au lendemain elle se convertit. Elle devint aimable et complaisante avec les plus petites et les moins avenantes. Sa quasi-indifférence religieuse se changea en une piété, non pas ardente, comme aurait pu le faire présager son caractère, mais humble, timide, implorante. Ce ne fut pas la nature de cette piété qui inquiéta, mais sa permanence. On prit à tâche de tirer Jeannine de ses oraisons continuelles : ce fut en vain. Quand on l’envoyait courir à cligne-musette, sauter à la corde ou conduire une ronde, elle se soumettait avec une bonne grâce parfaite ; mais son entrain ne durait que tout juste le temps nécessaire à l’obéissance.

Aujourd’hui, on rencontre parfois l’altière Jeannine coiffée du bonnet des Petites Sœurs des pauvres et portant un lourd panier dont le contenu est destiné à ses « chers vieux ». Quel fut le motif de sa transformation subite ? Marie-Rose ne le sut jamais.

Ce furent les deux seuls cas de mysticisme qu’elle vit combattre sans succès. Mais qui sait si cet échec ne fut pas un bien ? si Marguerite et Jeannine ne furent pas tirées par là d’un danger plus grand ?


Pour ce qui est de l’intolérance dont on accuse les religieuses et leurs élèves, il est aisé d’en faire justice par la lecture du règlement.