« Si quelque fille de la religion dite réformée, écrit Pierre Fourrier, se trouve parmi les autres de vos écoles, traitez-la charitablement ; ne permettez pas que ses compagnes la molestent en lui faisant quelque fâcherie… Si ces enfants apprennent bien, donnez-leur pour prix quelque papier doré, quelque belle plume à écrire ou autre chose qu’elles ne puissent dédaigner. »

Marie-Rose eut toujours des compagnes protestantes, généralement Anglaises ou Scandinaves, et jamais elle n’eut connaissance de la moindre tentative de prosélytisme à leur égard. Comme on ne pouvait priver une personne des offices pour les garder, elles assistaient à la messe et aux vêpres en lisant leur Bible. Mais une dame pensionnaire les conduisait au temple, et le pasteur avait toute facilité de les voir et de leur donner l’instruction religieuse nécessaire.

Loin de les molester, on les donnait souvent en exemple à leurs compagnes pour leur bonne tenue au Chœur et la manière dont elles sanctifiaient le dimanche.

Quelques pensionnaires, il est vrai, se froissaient légèrement de ces compliments.

— Ce n’est pas parce qu’elles sont protestantes, disait-on, qu’elles bougent moins que nous, c’est parce qu’elles sont du Nord.

Pour son propre compte, Marie-Rose conserva longtemps les relations les plus affectueuses avec Annie Mac Peables, fille d’un capitaine de la Royal Mail. Et pourtant Annie était puritaine aussi fervente que Marie-Rose était ardente catholique.

II
LA CONFESSION

Au couvent, on se garde soigneusement de l’outrance, même — on pourrait dire surtout — en matière religieuse. C’est pourquoi l’on combat la tendance qu’ont certaines fillettes à abuser de la confession.

— Il faut vous accoutumer à gouverner votre conscience vous-mêmes, leur dit-on, à prendre la responsabilité de vos décisions et de vos actes.

Par contre, on stimule celles que la confession ennuie, celles à qui elle fait peur et celles à qui elle est seulement indifférente. Comme M. l’abbé a beaucoup d’influence sur les petites pensionnaires, on lui envoie quelquefois d’office celles qui ont besoin d’être remises dans le droit chemin. A moins de caractères et de cas particuliers, on estime qu’une confession par mois est la moyenne raisonnable.