Marie-Rose commence à s’effarer un peu, à trouver la vie du couvent très bousculante et tapageuse, quand la cloche envoie trois coups d’avertissement. Un calme relatif s’établit. Puis, après une volée de quinze coups, le silence se fait, les groupes se rangent par couleurs, et tout le monde défile en ordre.
La mère Préfète est descendue dans la cour pour assister à la rentrée. Au passage de la classe blanche, elle touche le bras d’une grande fillette blonde, fraîche, à l’air très éveillé.
— Anne de Thézy, restez en arrière, j’ai à vous parler.
Quand la cour, tout à l’heure si joyeuse, est redevenue calme et déserte, la mère Préfète dit à la grande élève :
— Anne, vous m’avez souvent demandé une « fille » et j’ai refusé jusqu’ici parce que vous êtes loin d’être un modèle de docilité ; mais comme, après tout, vous avez bon esprit et que vous aimez les enfants, je vais vous confier cette petite Marie-Rose qui a grand besoin de sollicitude et d’affection.
D’un coup d’œil, la Préfète désigne la robe noire de l’enfant.
— Oh ! pauvre mignonne ! dit Anne, la voix subitement émue.
Et, se baissant pour mettre sa tête au niveau de celle de la petite.
— Comprenez-vous, Marie-Rose, désormais je suis votre petite mère. Chaque fois que quelque chose vous ennuiera ou vous chagrinera, c’est à moi que vous viendrez le conter.
Marie-Rose demeure un instant songeuse, puis elle reprend :