— J’avais une autre petite mère, moi…, comme mes cousines…; mais elle est partie avec le bon Dieu.
— … D’où elle continue à veiller sur sa petite fille. Et nous ferons en sorte, nous toutes qui aurons à nous occuper de Marie-Rose : Anne que voici, sœur d’Ailly et moi-même, que la chère maman n’ait aucun reproche à nous faire quand on se retrouvera toutes ensemble.
Marie-Rose ne comprend pas très bien ; mais la voix qui lui parle est calme, doucement persuasive ; la jolie Anne a pour elle un regard plein d’affection, ses cousines Louvière qu’elle aime beaucoup sont là tout près… Par une grande baie vitrée, elle aperçoit des Bleues qui écoutent attentivement une explication de leur maîtresse et semblent heureuses de leur sort… Des oiseaux innombrables, que le départ des fillettes a remis en possession de la cour fleurie, chantent, gazouillent, pépient… L’air est embaumé par les ravenelles qui poussent au pied des murs et les lilas qui balancent leurs grappes sous la brise fraîchissante… Tout : êtres et choses, paraît à l’enfant paisible, accueillant, protecteur.
La petite orpheline se sent adoptée par le couvent. A défaut du foyer, elle y trouvera un refuge, à défaut de maman, des mères et des sœurs.
II
MARIE-ROSE HORS CADRES
Il y avait longtemps déjà que la jeune existence de Marie-Rose était bouleversée. Sa maman, malade, ne pouvait plus s’occuper d’elle comme par le passé ; et le coquet logis parisien où elle était née n’avait plus cet aspect soigné qui donne une impression si bienfaisante de sécurité et de paix. Au couvent, elle retrouva l’ordre, la quiétude, la ponctualité en tout, une vie sereine, sans à-coups, sans bruits, ni mouvements exagérés. Aussi se plut-elle tout de suite dans sa nouvelle demeure.
Non seulement elle aima les grandes pelouses ensoleillées, les allées ombreuses, les terrasses fleuries surplombant les cours et les jardins, les petites chapelles éparses dans la verdure, la cloche grave qui appelait aux offices et le gai carillon qui sonnait les heures, mais elle aima encore le langage élevé, correct, choisi qui était celui de toutes les maîtresses et de presque toutes les élèves : elle aima la franchise, la cordialité des manières et la générosité des sentiments qui étaient de règle au couvent.
Trop jeune pour regretter longtemps et profondément la mère qu’elle avait perdue, elle s’abandonna avec délices à la douceur qui l’entourait ; et l’affection qu’elle prit alors pour les êtres et les choses de son couvent ne se démentit jamais.
Marie-Rose a trois ans et demi, et c’est à cinq ans seulement qu’on entre au couvent. Mais sa grand’mère paternelle, des tantes et de nombreuses cousines y ont été et y sont encore élevées, il est tout naturel qu’on l’ait admise par concession après la mort de sa mère. Toutefois, comme elle ne saurait encore suivre aucune classe, elle est considérée comme « hors cadres ».