Elle passe ses journées aux jardins, surveillée tantôt par l’une, tantôt par l’autre, au hasard des occupations de chacune. En attendant qu’elle travaille sous la direction de doctes maîtresses, elle vit dans la compagnie des bonnes sœurs.

Elle accompagne souvent la jardinière dans son domaine et s’intéresse à la culture. Il faut voir le petit air entendu qu’elle prend pour tâter la pomme des choux et le cœur des laitues. Elle cueille des petits pois et sarcle les jeunes plants. Il lui arrive bien quelquefois d’enlever une tige pour avoir une cosse, ou d’arracher les fanes de légumes croyant que ce sont de mauvaises herbes. Mais la bonne sœur Saint-Éloi ne se formalise pas pour si peu.

D’autres fois, c’est la sœur de la basse-cour, qui réclame Marie-Rose. La basse-cour est très plantureuse. Outre une multitude de poules, de coqs, de pintades, on y voit quelques beaux faisans et un paon. On y trouve encore un clapier rempli de lapins de toutes robes, deux chèvres, Gloriette et Marjolaine, et un cochon désigné sous le nom immuable de « le monsieur », Dieu sait ce qu’il en a défilé de cochons, depuis que le couvent existe, mais c’est toujours « le monsieur ».

Pendant que la sœur procède aux opérations nécessaires, la petite fille se roule dans la paille destinée à la litière, ou plonge ses bras dans les sacs de grain blond, ou balaye la cour avec un balai approprié à sa taille. Ces divers exercices ne vont pas sans amener dans la toilette un peu de désarroi que les bonnes sœurs réparent de leur mieux tout en s’inquiétant.

— Qu’est-ce que Mlle de Thézy va dire de voir sa fille en pareil état ?


Mais le grand amour de Marie-Rose est Nazareth.

Au fond des jardins du Gros Poirier, sous les grands arbres, parmi les corolles blanches, toujours épanouies, se trouve une petite maison carrée, un bijou de chapelle rustique : c’est Nazareth.

Le fond de l’autel, peint à fresque, représente la Sainte Famille dans une scène de la vie journalière : saint Joseph, aidé de l’Enfant Jésus, travaille à son établi, pendant que la Sainte-Vierge met sécher du linge sur une corde tendue entre deux palmiers. L’ornementation de la chapelle est des plus simples : des flambeaux de cuivre naïvement ciselés, des vases de grosse faïence où s’épanouissent les fleurs les plus modestes, des corbeilles de jonc remplies de mousse et de fougères.

Mais ce qui, par-dessus tout, charme les enfants, c’est la crèche : une vraie crèche avec un toit de chaume, une mangeoire accrochée au mur et une litière de paille sur laquelle repose un petit Jésus à la mine rougeaude, bien serré dans ses langes.