Marie-Rose est dans les meilleurs termes avec les habitants de Nazareth. Elle leur parle et, grâce à son imagination très vive, elle est persuadée qu’ils la comprennent et lui répondent. Elle s’inquiète auprès de la Sainte Vierge de la santé du petit Jésus, s’informe s’il a bien dormi et, quand il fait froid, veut, à toute force, lui porter une couverture de tricot. Puis elle gourmande saint Joseph de ce qu’il ne soigne pas ses animaux auxquels elle-même porte des poignées d’herbes fraîches.

Elle en use tout autrement avec le saint Jean-Baptiste du Vieux Cloître. Il est très beau, ce cloître, mais un peu assombri par une épaisse retombée de houblon, et Marie-Rose ne s’y sent pas à l’aise. De plus, il s’y trouve une statue du Précurseur auquel sa grande barbe et la peau de mouton qui le recouvre donnent un aspect hirsute et rébarbatif. Aussi l’enfant déclare-t-elle volontiers qu’elle « aime bien les petits saints Jean, mais pas les vieux ».

Toutefois, elle est très polie envers ce vieux-là. Quand elle passe devant lui pour chercher un ballon égaré sous le cloître, elle lui fait une belle révérence et dit avec un empressement timide :

— Bonjour, monsieur saint Jean ; je viens chercher mon ballon, s’il vous plaît.


Le couvent renferme des coins où les enfants ne pénètrent jamais, que même elles ignorent de toute leur vie de pensionnaire, mais que Marie-Rose connaît bien, et où elle est traitée comme une petite reine, notamment la boulangerie et la suifferie.

La sœur boulangère lui fait, tous les jours de cuisson, une bonne galette au beurre. A la suifferie, on lui moule de jolis cierges à dessins qu’elle porte à son cher petit Jésus afin qu’il n’ait pas peur la nuit.

Quelquefois, la mère Préfète dit :

— Marie-Rose aura du mal à se plier au règlement ; elle est trop gâtée ici.

Mais les bonnes sœurs qui sont en admiration permanente devant la fillette, devant ses façons de jeune Parisienne, son babil incessant et joyeux, même devant ses caprices et ses petites colères, s’exclament les mains jointes :