— Mais voyez donc comme nos filles ont l’air sages.

— Oui, fait la mère Saint-Bernard, qui est la prudence, comme la mère Saint-Paul est la justice, savoir seulement ce qui restera de ces bonnes dispositions après huit jours de vacances.

— Elles seront retombées dans le désordre, c’est certain, affirme la mère Saint-Boniface.

— Bah ! riposte l’indulgente mère Saint-Jacques, c’est autant de gagné. Elles ne peuvent pas toujours être aussi tranquilles, les pauvres enfants ; il y aurait de quoi les rendre malades.


La Saint-Joseph. — Tout est en l’air au Pensionnat. On ne sait pourquoi, mais certaines fêtes amènent immanquablement le désordre — pas un désordre mauvais, non, un désordre très gai, tout simplement. Ainsi la Saint-Joseph.

Dès le réveil, on parle, on rit, on bouge plus que de raison. A la novice qui, au dortoir se plaint du brouhaha, une Jaune répond de la meilleure foi du monde :

— Mais on est toujours dissipé, ma petite sœur, à la Saint-Joseph, même les religieuses, et même M. l’abbé.

Le fait est que ce jour-là, M. l’abbé a coutume d’offrir à ses filles une tournée de « chemineaux chauds », sorte de pâtisserie du pays que l’on mange seulement en carême. Il vient même dans la cour de récréation manger le « chemineau chaud » qui lui est réservé ; et il convient de dire que ces agapes frugales n’ont rien de recueilli.

Mais le « chemineau » n’est pas seul cause de la dissipation habituelle. Le jour de la Saint-Joseph, on va en promenade…, parfaitement, à la promenade ; on foule le pavé de la rue, ni plus ni moins que des personnes ordinaires, tout comme si l’on n’était pas des « petites 1830 » en pince-taille de soie et capote à bavolet. Il est vrai que l’on rend visite à une Notre-Dame célèbre de la région, ce qui permet de baptiser la promenade pèlerinage. Mais c’est un pèlerinage un peu babillard.