Les « personnes du monde » ne chôment pas et le chemin est désert. Alors, pourvu que les rangs soient corrects, que l’on se tienne droit et que les voix ne sonnent pas trop clair sous la voûte formée par les grands ormes, les dames pensionnaires qui dirigent le petit bataillon ne se montrent pas trop rigoureuses.

Est-ce cette promenade inusitée au moment où le printemps renaît avec son cortège d’oiseaux jaseurs et de frondaisons nouvelles ?… Est-ce la brise du large qui fouette le sang et avive la peau ?… toujours est-il que la Saint-Joseph est une fête joyeuse et même un peu bruyante.


Noël. — Chose bizarre, Marie-Rose qui fut toujours très dévote à l’Enfant Jésus, n’a point gardé de Noël le souvenir radieux de certaines autres fêtes.

Le petit Jésus auquel on rend hommage, n’est pas celui auquel elle est accoutumée ; c’en est un autre que les pensionnaires trouvent, en général, beaucoup plus beau.

Celui-ci est logé dans une petite maison de verre que l’on place au fond de l’avant-chœur. Il est en cire, avec un teint de rose Bengale, des cheveux frisés et quatre petites dents. Il est vêtu d’une robe de satin garnie de dentelle, et la paille sur laquelle il repose est dorée.

Ce petit richard déconcerte Marie-Rose. Elle aime cent fois mieux le poupon rougeaud de Nazareth avec son maillot à la mode de la campagne et le béguin qui couvre sa tête chenue de tout petit. Elle sait bien que les nouveau-nés n’ont point tant de cheveux et qu’ils n’ont pas une seule dent. Et puis, l’Enfant Jésus était pauvre ; il n’avait pas de si belles robes, et la paille de sa crèche n’était point dorée.

Comme on ne va guère à Nazareth pendant l’hiver parce que les chemins sont boueux ou couverts de neige, Marie-Rose est forcée de se contenter du jeune hôte de la maison de verre ; mais c’est sans ferveur et elle n’est pas éloignée de le considérer comme un intrus.

Puis, en fin de compte, elle n’a pas besoin d’anniversaire pour fêter l’Enfant Jésus ; sa dévotion envers lui est de tous les jours. Ce n’est même pas sans quelque déplaisir, sans un vague sentiment de jalousie qu’elle voit la foule se mêler à un culte qu’elle s’imagine lui appartenir plus spécialement, et dont les autres n’ont habituellement aucun souci.