La première communion. — Aujourd’hui, Sous la Chapelle, il y a grande assemblée pour le « pardon ».

La mère Supérieure, assise dans une haute cathèdre, préside la cérémonie, aidée de la mère Préfète et de la Surveillante générale. A droite et à gauche, se rangent celles des religieuses, des novices et des sœurs converses qui ont affaire aux enfants, pour si peu que ce soit. Ce demi-cercle de robes noires constitue le fond de la scène. Les pensionnaires, en « second uniforme », le sarrau enlevé, les rubans de confrérie et les croix de mérite bien étalés sur la poitrine, forment deux longues rangées derrière lesquelles se placent les orphelines. On n’écarte que les toutes petites filles, celles dont la sensibilité n’est pas encore fixée et qui pleurent sans savoir pourquoi.

Au milieu de ce fer à cheval très allongé, les communiantes de demain sont debout : de si grandes coupables n’ayant pas le droit de s’asseoir.

Sur un signe de la mère Supérieure, la plus jeune se sépare du groupe, se met à genoux et prononce à haute voix en détachant bien chaque syllabe :

— Mère Supérieure, mes vénérées maîtresses, mes bonnes sœurs et mes chères compagnes, je vous demande pardon du tort que j’ai pu vous causer, de la peine que je vous ai faite, du mauvais exemple que je vous ai donné. Je vous supplie de prier pour moi, afin que je fasse une bonne première communion et que je me corrige dans l’avenir.

Tout d’abord, cela ne paraît rien, cette petite humiliation publique ; mais, répétée plusieurs fois au milieu de l’ordre et du silence solennels, elle produit un grand effet.

Cette année, l’année de Marie-Rose, il y a quinze communiantes, onze pensionnaires et quatre orphelines ; quinze paires de petits genoux touchent le carreau dur et froid, quinze jeune voix s’élèvent à tour de rôle pour implorer le pardon de fautes que l’on aurait pu croire des crimes, d’après le ton confus et repentant.

Puis la mère Supérieure ayant prononcé quelques paroles d’encouragement, on procède à la cérémonie du « baiser de paix ». Les communiantes font le tour de l’assemblée et embrassent tout le monde, depuis la mère Supérieure jusqu’aux sœurs converses, depuis les amies de cœur jusqu’à la plus modeste orpheline. Cela ne va pas sans beaucoup de larmes de part et d’autre, si bien qu’à la longue, la figure des pauvres pénitentes est toute salée.

Marie-Rose donne et reçoit le baiser de paix avec l’émotion qu’elle met à toutes les choses de sentiment. Pour elle, à ce moment, la mère Saint-Boniface est un modèle d’indulgence et Gagneur la plus aimable des compagnes ; la sœur cuisinière n’a point l’aspect graillonneux que certaines lui prêtent, et la bonne sœur Sainte-Claire n’a jamais senti le schiste.