Partout, sous les pas du promeneur, à ses côtés, sur sa tête, des corolles s’épanouissent en grappes, en corymbes, en ombelles, en épis, en gerbes. On croirait que, depuis les grands arbres jusqu’aux toutes petites plantes, depuis le lis royal jusqu’à l’humble basilic, tous se sont dit :
— Voici la Fête-Dieu, il faut faire honneur au Saint-Sacrement. Et puis nos petites reines vont venir en procession. Il faut une voûte fleurie pour abriter leur front pur, une pavée moelleuse et parfumée pour leurs petits pieds chaussés de blanc.
Et vraiment, à cette époque, tout est splendide au couvent, mais splendide avec douceur et simplicité : le travail humain suivant le travail de la nature sans chercher à le masquer ni à le remplacer.
Le reposoir de Nazareth et celui de Notre-Dame aux Coudres sont des merveilles de goût. Toutes les statues des bienheureux qui jalonnent les chemins sont parées, enguirlandées, fleuries. Les croix étincelantes, les bannières à frange d’or ou d’argent, les grosses lanternes de vermeil au bout de leur bâton doré à poignée de velours, les encensoirs dont les chaînes cliquettent, la cloche qui sonne en volée joyeuse, le clergé revêtu des aubes les plus finement brodées, les religieuses dans leur majestueux costume de chanoinesses, les enfants en robe blanche et ceintures de soie — les communiantes de l’année portant le voile, les autres, des couronnes de roses ou d’aubépine ; et, par-dessus tout, le sentiment de foi profonde qui anime les gens et se reflète même sur les choses : tout concourt à rendre le cher couvent aussi digne que possible de l’hôte divin qui daigne le parcourir.
Plus tard, Marie-Rose fut à même de voir des spectacles magnifiques, de grandes journées militaires, des galas en l’honneur de souverains, jamais rien ne vint effacer ni même atténuer le souvenir de certaines fêtes religieuses du couvent. Aux solennités profanes, elle fut charmée, parfois éblouie ; aux cérémonies sacrées de son enfance, elle était heureuse.
AMITIÉS DE COUVENT
I
LES AMITIÉS PARTICULIÈRES
Il n’y a peut-être pas de question qui cause aux éducateurs un plus grand souci, qui soit interprétée de manière plus différente, plus opposée même, que celle des amitiés dites « particulières ».
— Il faut les proscrire impitoyablement, disent les uns ; elles peuvent avoir des résultats désastreux.