Sa tyrannie a beau être discrète dans ses manifestations, la mère Assomption, pour qui la psychologie infantile n’a rien de caché s’en aperçoit et tance vertement Marie-Rose.

— Ces braves gens, lui dit-elle, vous rendent, sans le vouloir, un très mauvais service. Mais ce n’est pas une raison pour vous montrer avec eux plus exigeante qu’avec les autres. Votre conduite est tout ce qu’il y a de plus vilain.

— Je le sais, ma mère, répond la coupable avec une contrition parfaite ; mais je ne peux pas m’empêcher d’être ainsi avec tous les Friardel. Pourtant, je les aime bien.

Et quand Marie-Rose va vers sa compagne pour lui exprimer son regret, et lui promettre de changer, celle-ci répond avec empressement :

— Oh ! non ! Marie-Rose, nous t’aimons tant comme tu es ; il ne faut pas changer.

Et Marie-Rose ne change point.


Laurence Cormolin est une pauvre petite quasi abandonnée. Sa mère est morte, son père réside à l’étranger. Elle n’a qu’une vieille tante qui s’occupe très peu d’elle.

Laurence a huit ans. Elle est laide et déplaisante. Ses cheveux surtout sont l’objet de continuelles plaisanteries : gros, raides, taillés court, ils poussent dans tous les sens, et malgré les objurgations du peigne et de la brosse, ils se dressent effrontément en pinceaux. Les soins les plus énergiques et les plus persévérants n’ont pu en venir à bout. Les rubans, les caoutchoucs, le peigne rond, voire même la « bandoline » ont successivement échoué.

A cause de sa chevelure, on a surnommé Cormolin « le hérisson ». Les Vertes, encore moins charitables, l’appellent « tête-de-loup ». Laurence tolère « hérisson », mais elle ne supporte pas « tête-de-loup ». A la seule audition du malencontreux sobriquet, elle se cabre, trépigne, frappe du pied et du poing les insolentes. Toutes alors crient en chœur : « Tête-de-loup, hou… hou… » jusqu’à ce qu’elle suffoque de colère.