Jamais Laurence n’est à l’état calme. Elle passe par des états successifs de joie, de désolation, de fureur qui lui arrachent des cris discordants. Elle est mauvaise et malchanceuse ; sa figure est perpétuellement barbouillée, ses mains sont sales, il manque des boutons à son tablier, ses chaussures ont l’air de savates. On est certain de la rencontrer aux endroits où il y a de la malpropreté, des atouts et de la casse.

Les Jaunes dont elle est et à qui elle fait affront, lui disent quelquefois :

— Vous savez, Hérisson, il faut joliment de la vertu, pour vous supporter.

Le fait est que la pauvre fille n’est pas un sujet brillant pour le Pensionnat ; mais on la garde et même on la choie, parce qu’elle n’a pas d’autre refuge. Les religieuses ont fort à faire pour la défendre contre les attaques de celles de ses compagnes qui manquent de charité — attaques, du reste, auxquelles elle répond avec usure, car nul ne pince et ne griffe avec plus de maëstria.

Laurence est la fille d’une Violette très studieuse et très raisonnable mais qui ne s’occupe pas beaucoup d’elle.

— Il n’y a rien à tirer de cette insupportable petite bonne femme, déclare le jeune mentor pour s’excuser de son indifférence.

Alors, d’elle-même, Cormolin s’est mise sous la protection de Marie-Rose. Quand on la tarabuste, elle menace d’un air important :

— Je vais me plaindre à Mlle Gourregeolles, vous allez voir un peu.

Et Marie-Rose, quand elle entend les cris de Laurence, s’informe avec une sollicitude égayée :

— Qu’est-ce qu’on fait encore à mon Hérisson ?