Elle est certainement touchée de la protection que l’on réclame d’elle, et, au fond du cœur, elle est pleine de pitié pour la petite abandonnée ; mais comme elle a une horreur instinctive de tout ce qui n’est pas absolument net, cette pitié est combattue en elle par la répugnance que lui inspire le désordre et la malpropreté incurables de sa cliente.
Jamais pourtant, il ne lui arrive de la repousser ; et la lutte qu’elle doit soutenir contre elle-même à ce sujet est la première école pratique de charité que fait sa jeune âme — la première et la plus efficace.
Hélène de Puyrenaud et Charlotte Périer furent les grandes amies de Marie-Rose, les amies que l’on conserve dans la disgrâce comme dans la prospérité, à travers la vie, jusqu’à la mort. A elles trois, elles forment un groupe si uni que celles qui les ont connues alors ne peuvent les séparer dans leur mémoire.
Leur affection ne connut jamais ni bouderie ni caprice. Complètement différentes de manières et d’aptitudes, la conformité de leurs sentiments les rapproche et les unit.
Elles ont une égale horreur des actions laides, mesquines, vulgaires ; seulement Charlotte prend la peine de s’en indigner, Marie-Rose les remarque et les oublie vite, Hélène ne les aperçoit même pas.
Aucune d’elles n’est égoïste ; mais si Charlotte ne refuse jamais ses bons offices à qui les réclame, elle a un abord très froid qui arrête les confidences, Hélène ne fait pas d’avances, mais rend service avec une générosité pleine de courtoisie. Marie-Rose devine le souci des autres et prévient leur requête ; son dévouement est agissant, même pour ceux qu’elle n’aime point.
Parce qu’elles se tiennent à l’écart de toute familiarité, on dit couramment que Mlle Gourregeolles est fière, Mlle de Puyrenaud hautaine, Mlle Périer arrogante.
Toutes les trois sont bonnes élèves : Marie-Rose travaille parce qu’elle aime l’étude, Charlotte parce que le succès ne lui est pas indifférent, Hélène parce qu’elle possède le sentiment inné du devoir.
Les religieuses admettent, et, jusqu’à un certain point, sanctionnent cette grande intimité. Si, d’elles-mêmes, les trois fillettes se réunissent à la même partie de corde, de ballon, de dames ou d’osselets, c’est de par l’autorité qu’elles sont voisines en classe, au dortoir, au réfectoire, dans les rangs. On sent bien que l’influence qu’elles exercent l’une sur l’autre, probablement à leur insu, ne peut avoir sur leur caractère qu’une action bienfaisante.