La petite pensionnaire rejoint donc Anna qui, lasse, un peu triste, a laissé tomber sur ses genoux la broderie à laquelle elle travaillait. Après un commentaire sur les grands événements du jour, Marie-Rose, qui n’est pas pour les longs repos, court deçà delà, cueillant les fleurs des murailles et des talus ombreux, ou encore celles qui poussent sans permission dans les potagers les mieux tenus. Tout cela va servir de modèle à la jeune infirme pour ses travaux délicats.

Marie-Rose éprouve quelquefois le besoin de se confier à sa très sage amie.

— Vous savez, Anna, je ne suis pas toujours bonne fille.

— Oh ! que si, mademoiselle.

— Non, non, allez. Je désobéis, je raisonne, et je suis parfois d’humeur si désagréable que je ne peux supporter rien ni personne. Dans ces moments-là, si tout ne va pas exactement comme je voudrais, je trouve que tout va aussi mal que possible. Je me rends bien compte que j’ai tort et j’en suis très malheureuse ; malgré cela je ne me corrige pas.

— Vous n’êtes pas si mauvaise que cela, puisque vous vous repentez.

Rien de touchant comme le spectacle de cette petite infirme dont toutes les minutes contiennent une souffrance, donnant à l’enfant heureuse des leçons de douce philosophie, lui apprenant, sans grands discours, au fur et à mesure des événements, à tirer le meilleur parti possible des situations ennuyeuses, lui affirmant que le bien est toujours à côté du mal et qu’il suffit de le chercher avec persévérance.

A cause de sa douceur, de sa patience, de sa résignation, on dit parfois qu’Anna est un ange. Mais Marie-Rose est pour les définitions exactes ; elle aime beaucoup les anges qu’elle voit très beaux, très purs, exempts de toute tare, et elle riposte :

— Non, pas un ange, une sainte.

Puis elle ajoute, afin de corriger ce que sa rectification pourrait avoir de désobligeant :