— Et que demandez-vous dans vos prières ?

— Que vous deveniez bientôt très savante.

— Oh ! c’est bien, cela, Sophie Truchot, je n’attendais pas tant de vous.

— … afin que vous quittiez le couvent le plus tôt possible.

L’air d’Alice se fit plus pincé que jamais.

— Ma pauvre Sophie Truchot, vous avez l’âme bien noire. Pour vous pardonner vos insolences, il faut vraiment que je sois un ange descendu du ciel.

— Oui…, et bien, pendant que vous y étiez, au ciel, vous auriez bien fait d’y rester, car ce n’est pas sûr que vous y retourniez.

Cette répartie mit fin au colloque, et Truchot fut expédiée à l’Orphelinat chargée des blâmes les plus sévères.


En dépit des apparences, l’action que Marie-Rose et Sophie eurent l’une sur l’autre, donna d’excellents résultats. Au contact, pourtant éloigné de la jeune pensionnaire, Truchot perdit de sa vulgarité ; ses mauvais penchants s’atténuèrent. Où l’autorité des maîtresses, les réprimandes, les punitions avaient échoué, le souci de l’opinion de Mlle Gourregeolles réussit en partie. D’autre part, cette cure morale tacitement confiée à Marie-Rose lui fut extrêmement favorable à elle-même. Les défauts de Sophie étaient trop apparents, trop grossiers pour avoir prise sur la fillette aux instincts délicats qu’elle était, et la crainte scrupuleuse de donner le mauvais exemple à Truchot, empêcha la petite Gourregeolles de faire beaucoup de sottises.