Dans la suite, elle fut bien récompensée de son jeune apostolat.
Elle était mariée depuis quelque temps, quand, un jour, elle vit entrer chez elle une jeune personne ayant l’apparence d’une femme de chambre de bonne maison.
— Madame ne me reconnaît pas ? demanda la visiteuse avec un étonnement chagrin.
— Non, vraiment… Ah ! Sophie !… mais qu’elle est changée !… comme elle paraît sage !…
— Je le suis devenue aussi, allez, madame. Quand j’ai su que vous étiez sur le point de vous marier, je me suis mise en tête d’entrer à votre service, aussitôt que j’en serais digne, et j’ai demandé à notre Mère de me placer en condition pour faire mon apprentissage. On ne croyait pas que je persévérerais, mais j’avais si grande envie de réussir !… On a encore fait des difficultés pour me laisser partir à Paris. La mère Saint-Jacques disait — cela ne va pas fâcher madame ?…
— Non, Sophie ; je me doute un peu de l’opinion de la mère Saint-Jacques.
— Elle disait donc : « Marie-Rose n’est déjà pas si raisonnable… Voyez-vous Truchot arrivant dans ce petit ménage… » On doit vous écrire à mon sujet pour vous faire toutes sortes de recommandations ; mais j’ai voulu voir d’abord par moi-même comment je serais accueillie. J’ai un bon certificat de ma maîtresse. Elle était fâchée que je la quitte ; et moi aussi, à dire vrai. Alors je lui promis de revenir si vous ne vouliez pas de moi.
Comme Marie-Rose paraissait un peu effarée et que toute son attitude reflétait le souvenir des méfaits de Sophie, celle-ci repartit avec empressement :
— Oh ! soyez tranquille, madame, je suis bien corrigée. On peut me confier la clé de toutes les armoires : celle des friandises comme celle des chiffons.