Il est de notoriété publique que la mère Marie-Joseph et Roberte Le Faulq sont grandes amies. La mère Marie-Joseph, qui est professeur aux Violettes, est une érudite ; il est tout naturel qu’elle éprouve du plaisir à causer avec Roberte que toutes reconnaissent pour une nature supérieure.
Avec l’assentiment de la mère Préfète, mère Marie-Joseph fournit à son élève des livres de la Communauté pour suppléer la bibliothèque du Pensionnat qui est un peu courte. La jeune fille, à son tour, rapporte de ses sorties, des ouvrages nouveaux qui documentent la maîtresse, lui permettent de faire une classe plus vivante, plus nourrie.
Si la mère Marie-Joseph donne à Roberte des notes excellentes, c’est que celle-ci les mérite. Elle est première au cours de lettres, comme elle est première au cours de sciences, à l’anglais, à la musique, partout enfin ; et nulle ne songe à s’étonner ni à croire au passe-droit.
La mère Saint-Paul, que les enfants appellent « la Justice », témoigne à Hélène de Puyrenaud, la plus affectueuse considération. Pendant la collation, où l’on n’est pas strictement tenu de jouer, on les voit quelquefois aller et venir, en causant gravement, au milieu des ballons et des cordes à sauter. La maîtresse se plaît à suivre chez son élève l’éclosion précoce d’un bon sens plein de droiture, d’élévation, de fermeté. Il arrive même que, pour une mesure concernant le Pensionnat, elle lui demande son avis :
— Qu’en pensez-vous, Hélène ?
Ce n’est pas que la mère Saint-Paul ait besoin des conseils d’une pensionnaire de quinze ans, si raisonnable qu’elle soit ; mais elle est bien aise de connaître son opinion sur tel et tel point qui la touche de près.
Toutefois, quand Hélène se rend coupable de quelques petits accrocs à l’ordre — l’ordre est très en honneur au couvent, et c’est le côté faible d’Hélène — la mère Saint-Paul lui marque des mauvais points et l’envoie à la confiscation ni plus ni moins que les autres. Et la prédilection bien connue de la mère Saint-Paul pour Hélène ne fait alors qu’affirmer ce beau nom de « la Justice » que les enfants lui ont décerné.