Marie-Rose a, pour la mère Assomption, une confiance, un respect, une vénération sans bornes. Jamais l’idée ne lui viendrait d’user de la petite prédilection qu’elle-même devine, pour se permettre la moindre familiarité ou réclamer le plus léger passe-droit. Sa considération pour la chère maîtresse se trouverait diminuée si elle la croyait capable d’une faiblesse, et cette diminution lui causerait le plus vif chagrin.


Marie-Rose fut, pendant ses deux années de Blanches, l’élève préférée de la mère Saint-Bernard, à cause de leur goût commun pour l’histoire ; mais la préférence fut strictement limitée au travail. Si Marie-Rose ne fut point punie, c’est qu’elle écoutait, docile et appliquée, les excellentes leçons qui l’intéressaient, et que le travail accompli avec goût la maintenait dans la sagesse.

La fillette, de son côté, témoigna à la mère Saint-Bernard une affection faite d’admiration pour sa science et d’estime pour son esprit de droiture ; mais cette affection demeura toujours dans les bornes du respect et de la soumission.


Marie-Rose fut très camarade avec la mère Saint-Jacques. Il n’y eut jamais entre elles une minute de désaccord, et le souvenir de la bonne religieuse éveille dans son âme une gaieté attendrie.

En général, les pensionnaires aiment beaucoup la mère Saint-Jacques ; et la mère Saint-Jacques aime beaucoup les pensionnaires, hormis celles qui sont menteuses, rapporteuses ou grognon ; mais elle a un faible pour Marie-Rose, et voici pourquoi :

Bien qu’elle ne le manifeste pas ouvertement, la mère Saint-Jacques n’est pas ennemie des bêtises, quand les bêtises ne sont ni cruelles ni inconvenantes. Or, Marie-Rose détient le record de l’espèce ; non seulement elle en a un fonds personnel qui semble inépuisable, mais elle excelle à dépister et à raconter toutes celles qui traînent au Pensionnat. La mère Saint-Jacques écoute ces beaux récits avec un : « Mais… mais… oh ! mais !… » qui voudrait être sévère ; seulement, l’expression de son regard et un petit plissement tout particulier de ses joues donnent à sa bonne figure un air très amusé. On voit bien qu’elle rit en dedans.

La mère Saint-Jacques punit rarement et jamais elle ne transmet de rapports à l’autorité. Elle fait elle-même sa police, d’une manière un peu rude, mais qui ne fâche personne. Sa préférence pour Marie-Rose ne l’empêche pas de la secouer ferme quand elle juge que cela est nécessaire.