Marie-Rose fut certainement la passion de la mère Sainte-Thérèse ; de cela, nul ne douta au couvent, même, et surtout, les principales intéressées.

La mère Sainte-Thérèse est la maîtresse des Vertes. Elle était déjà vieille, quand la petite Gourregeolles entra au couvent. Peut-être n’avait-elle jamais connu d’enfant si jeune, ou bien c’était au temps où elle était encore incapable d’apprécier l’intérêt charmant qu’offre l’éducation d’un tout petit être. Le fait est qu’elle accueillit Marie-Rose avec une tendresse de grand’mère — tendresse émue, inquiète, mais qui pourtant ne dégénéra ni en mièvrerie de langage, ni en gâterie d’aucune sorte. Cette prédilection se traduisit seulement par un plus grand souci de la conduite de l’enfant, plus de chagrin pour ses sottises, plus de joie pour ses succès, une sollicitude plus grande en tout.

Certes ! Marie-Rose aime bien la mère Sainte-Thérèse ; elle est pour elle pleine d’attentions ; elle lui transporte sa chaufferette, ferme le rideau dès que le soleil l’incommode et, au moindre soupçon de fatigue, ne fait pas plus de tapage qu’une petite souris. Mais, ainsi qu’on en use avec les gens de l’affection desquels on est très sûr, elle se montre tout à fait sans façon avec la bonne religieuse. De plus, comme elle est extraordinairement brouillon et maladroite, ses prévenances tournent souvent en catastrophes.

L’été, pour protéger la mère Sainte-Thérèse contre le soleil qui parfois s’obstine à percer le mince rideau de basin blanc, elle installe des tableaux de lecture qui, neuf fois sur dix, dégringolent sur la tête de la maîtresse, quand ce n’est pas Marie-Rose elle-même qui dégringole du tabouret où elle est perchée. L’hiver, si elle juge que la chaufferette a besoin d’être « mouvée », elle tire de leur petite maison de bois le pot à braise et la pelle plate ; et, malgré les protestations de la pauvre bonne femme, remue, secoue, tapote, jusqu’à l’extinction complète des feux.

Elle était une grande pensionnaire qu’elle éprouvait encore le besoin de venir faire ce ménage chez les Vertes, où, d’ailleurs, elle se sentit toujours chez elle, et où elle fut toujours bien accueillie.

Elle entre en coup de vent.

— Bonjour, la mère que j’aime de tout mon cœur !… bonjour, les Perrettes.

Il est de tradition au couvent de donner aux plus petites le surnom de « Perrettes ». Les Vertes l’acceptent sans protester, mais les Jaunes se rebiffent.

— Pas plus Perrette que vous, Bleue.

La brave religieuse s’informe avec une sollicitude un peu inquiète si tout va bien pour sa chère fille…, si elle est sage…, si elle vit en paix avec son entourage…, si elle espère une bonne place en composition… Hélas ! les nouvelles, trop souvent, ne sont pas fameuses, même pour le travail. Car si Marie-Rose aime l’étude, elle l’aime à sa façon qui n’est pas toujours celle de sa maîtresse. Elle entre alors en conflit avec l’autorité et cela chagrine la mère Sainte-Thérèse.