D’autres fois, Marie-Rose est envoyée officieusement chez les Vertes. En étude, elle est tranquille tant qu’elle a des devoirs à faire et des leçons à apprendre ; mais sa besogne finie, elle devient très dissipée et l’on se débarrasse d’elle volontiers.
— Allez donc voir si la mère Sainte-Thérèse n’a pas besoin de vos services.
Ces permutations ne sont pas inscrites au règlement ; mais, dans bien des circonstances, Marie-Rose est traitée en dehors du commun. On l’a vue si petite !
La mère Sainte-Thérèse ne refuse jamais les services de sa fille, quand ce ne serait que pour la soustraire aux occasions de malice et aux punitions qui s’ensuivent.
Pendant que la vieille religieuse fait du rangement, ou se repose un peu en disant son chapelet, Marie-Rose s’improvise maîtresse d’école. Avec une patience attentive dont on la croirait difficilement capable, elle montre les lettres aux petites « Croix de par Dieu », ou bien, une longue baguette à la main, explique les tableaux d’histoire sainte. Et la maîtresse s’émerveille de la voir tenir appliquées les plus turbulentes comme les plus bornées de ses élèves.
C’est que Marie-Rose aime incroyablement les petits enfants, qu’elle devine les choses qu’il convient de leur dire et la manière dont il faut le leur dire pour les émouvoir et les intéresser.
— Elle a beaucoup de moyens, dit quelquefois la mère Sainte-Thérèse à sa sœur Saint-Boniface pour l’amener à de meilleurs sentiments envers Marie-Rose.
— Oui, répond l’implacable Surveillante ; c’est dommage seulement qu’elle s’en serve si mal.
Les jours de grande composition, il faut que Marie-Rose vienne aux Vertes réciter un Veni Creator pour implorer les lumières du Saint-Esprit. A l’anniversaire de sa naissance, — parce que ses deux fêtes Rose et Marie tombent en pleines vacances, — la fillette ayant sous les yeux une vieille gravure représentant sainte Rose de Lima, doit écouter avec recueillement une homélie sur sa patronne. Mais la cérémonie capitale est celle de la rénovation des vœux du baptême. A cet effet, la mère Sainte-Thérèse réquisitionne, chaque année, à la sacristie, un bout de cierge qu’elle allume et devant lequel Marie-Rose doit renoncer à Satan, à ses pompes et à ses œuvres.
Tout cela se passe portes closes, avec un air vaguement mystérieux qui égaye beaucoup la petite pensionnaire ; mais elle n’en laisse rien voir. Quoi qu’elle ne soit point pour les formules ni pour les cérémonies, et qu’elle se trouve plus engagée par sa conscience que par des mots, elle se prête de la meilleure grâce du monde, aux lubies de la chère bonne femme à qui, pour rien au monde, elle ne voudrait faire de peine.