Vint le moment où la mère Saint-François de Sales perdit la tête complètement. Elle oubliait l’heure, ne prenait plus garde à la cloche, ne rentrait point pour les repas ni les offices, et l’on ne savait dans quel jardin la chercher. Ou bien encore elle restait au soleil ardent, sous la pluie battante ou dans les rafales. On mit auprès d’elle une petite novice qui fit alors un excellent apprentissage de patience et de bonté.
Et la mère Pomme tricotait toujours. Elle tricota jusqu’à la mort.
Lors de ce événement, Marie-Rose n’était plus au couvent. Ce fut la mère Saint-Jacques, devenue Préfète du Pensionnat qui le lui apprit.
— Elle savait que vous étiez mariée, dit-elle, et que vous attendiez un petit enfant. Elle a voulu lui tricoter ses premiers bas : les voici. Ce n’est plus le beau travail d’autrefois. Elle s’y est pourtant bien appliquée ; mais sa vue avait baissé et ses mains étaient devenues tremblantes. A tout instant, elle demandait à sa petite sœur si elle n’avait pas laissé échapper de mailles.
Marie-Rose prit le léger paquet avec un sourire et quelques larmes.
— Bébé ne les portera pas, dit-elle. Ils feront partie du petit musée que Sophie et moi sommes seules à connaître — musée très modeste où dorment les souvenirs du cher couvent où j’ai été si heureuse et tant aimée !
— Il ne faut pas parler au passé, Marie-Rose, on vous y aime toujours.
Une seule maîtresse, la petite sœur Saint-Jude, témoigna à Marie-Rose une préférence empreinte d’injustice. Or, si l’injustice exaspérait Marie-Rose, elle aimait encore mieux qu’on fût injuste à son détriment qu’à son avantage. Voici comment la partialité de la petite sœur eut occasion de s’exercer.
La classe de couture fut toujours un supplice pour Marie-Rose ; non que cela l’ennuie de rester tranquille, elle éprouve, au contraire, de temps en temps, un besoin impérieux de repos et de silence ; son esprit alors part en des rêveries sans fin où elle se complaît. Mais, comme la classe de travail manuel est faite pour coudre et non rêver, elle est souvent rappelée à l’ordre et forcée de reprendre l’aiguille.