La mère Saint-Joseph est organiste ; de plus, elle fait une récréation et le réfectoire. Elle est encore maîtresse du dortoir Sainte-Anne ou des Horaces.

Ce n’est pas qu’elle soit méchante ni même trop sévère ; mais elle est tatillonne et bourrue. Elle punit sans cesse, quitte à biffer la punition quand on lui fait gentiment observer qu’elle est trop sévère, ou simplement quand on reconnaît ses torts. Mais elle aime l’ordre jusqu’à la manie, et c’est là une cause permanente de conflits. Il faut la voir, après chaque récréation passer la revue de Sous l’Allée.

« Hélène de Puyrenaud, vos caoutchoucs sont posés de travers ; il y en a un qui dépasse le casier. »

« A qui ce cerceau plein de boue qui salit la muraille ? »

« Et ce chapeau de soleil qui est suspendu par une coque de ruban ? »

« Tout le monde ne s’est pas décrotté les pieds ; faut-il donc que je passe désormais la revue des semelles ? »

Marie-Rose, qui a souvent maille à partir avec la mère Saint-Joseph, ne la prend pas trop au sérieux. « C’est le meilleur moyen d’en venir à bout », affirme-t-elle gravement. Un certain nombre de ses compagnes pensent de même. Et, si les rapports avec la mère Saint-Joseph comportent beaucoup de paroles, de fréquents chamaillis et pas mal de disputes, ils sont exempts d’amertume.

Il n’y a qu’avec Aliette que les relations sont tendues. Elles se sont prises mutuellement à rebours, et c’est pour la vie. La pauvre Aliette est du dortoir Sainte-Anne ; et comme elle est loin d’être ordonnée, les réprimandes pleuvent sur elle.

Alors, elle tient tête à sa maîtresse, raisonne, prétend qu’on lui en veut, — il faut convenir que les apparences légitiment cette affirmation, — et que c’est bien inutile qu’elle cherche à faire mieux, puisqu’on ne lui en tiendra aucun compte.

A la grande joie des pensionnaires, ces discussions se poursuivent jusque dans la solennité des Billets ; chacune des deux adversaires s’obstinant à avoir le dernier mot.