Ce fut tout. Marie-Rose ne présenta point son front pour le baiser de paix ; et, après un geste d’approbation de la mère Préfète, elle tourna les talons et regagna le Pensionnat.

L’interdit prononcé contre elle fut levé au milieu d’un tumulte joyeux. On criait :

— Vive Marie-Rose !

— Vive Gourregeolles !

Toutes les parties de ballon et de corde à sauter lui offrirent une place d’honneur. Marthe Friardel sanglota ; Cormolin ne perdit pas une si belle occasion de pousser des cris aigus ; et une Verte insista jusqu’à l’indiscrétion pour qu’elle acceptât un restant de tartine rongée tout autour.

Marie-Rose ne goûta que fort peu l’ovation dont elle était l’objet. Son âme, douloureusement ulcérée, étant à d’autres pensées.

Pour la première fois, elle évaluait ce que ce mot injustice pouvait contenir de tort et de souffrance. Cette idée, qu’elle avait eu le temps de ressasser pendant ses longues heures de silence et qui, d’ailleurs, trouvait en elle un terrain favorable, devait être, par la suite, cause de ses pires heures d’amertume et de révolte.

Si la mère Sainte-Catherine avait pu se rendre compte du mal qu’elle venait de faire à cette enfant de treize ans, difficile de caractère, mais pleine de droiture et de bonne volonté, elle n’aurait pas été fière de sa victoire.

VI
PASSIONNETTES DE COUVENT

De ce que Marie-Rose et ses compagnes sont très innocentes, très pures, s’ensuit-il qu’elles ignorent tout de la vie et du sentiment qui, pour une grande part, domine le genre humain, c’est-à-dire l’amour ?