Ce n’était pas Charlotte, qui allait ainsi en traînant les pieds ; elle avait habituellement le pas vif et même un peu sec, alors que la démarche de celle qui s’acheminait vers l’escalier annonçait une personne très molle, Lucie Bradier, par exemple. Pourtant Lucie n’avait pas de si jolis chapeaux ; elle portait toujours des panaches ou de gros bouquets très voyants.
N’attachant qu’une importance minime à cet incident, Marie-Rose retourna au jeu.
Mais, quand on se rendit à la prière, Charlotte était déjà à sa place, à genoux, les coudes sur le banc placé devant elle et la figure dans les mains.
Au discret : « Bonsoir, Charlotte, est-ce que tu as mal à la tête ? » que lui glissa Marie-Rose, elle répondit un : « Bonsoir » tout court, sans montrer son visage. Et pendant la prière, Marie-Rose s’aperçut que des larmes filtraient entre ses doigts.
Jusqu’au coucher, les deux fillettes ne purent guère causer ; et, d’ailleurs, Charlotte semblait éviter l’explication que recherchait manifestement sa compagne.
Mais, après le départ de la maîtresse, quand tout le monde fut au lit, dans l’assoupissement léger qui précède le sommeil, Marie-Rose bondit dans le coin de Charlotte situé juste en face du sien. Elle s’agenouilla sur la chaise où, contrairement à ses habitudes d’ordre, la petite désolée avait jeté ses effets pêle-mêle. Tout doucement, elle posa sa tête près de celle de son amie, sur le dur traversin déjà mouillé de larmes, et murmura :
— Qu’est-ce que tu as, ma chère chérie ? je vois bien que tu es très chagrine.
Sans se faire prier, vivement, comme on accomplit une corvée pénible, Charlotte répondit :
— Il entre au séminaire.
Marie-Rose n’hésita pas une seconde sur la personnalité que représentait ce Il ; et elle s’écria :