La fillette répond avec élan :

— Oh ! oui ! beaucoup !… de toute mon âme.

— C’est très bien, cela.

Et le regard de Pierre est alors si doucement pénétrant, que Marie-Rose en rougit un peu.

Les jours où l’on se promène aux champs, bon papa cause avec un vieux colonel de ses amis qui les accompagne presque toujours ; et Paul, qui aime les choses de l’armée, reste auprès d’eux à les écouter. Alors Pierre pose la main de sa petite camarade sur son bras, et tous deux « crochés », comme on dit à la campagne, vont devisant. C’est Pierre qui parle le plus souvent. Il donne des conseils, fait de légères remontrances, mais en prenant la voie détournée.

— Si j’avais une sœur, voici ce que j’aimerais lui entendre dire ou lui voir faire.

Et il est bien sûr que Marie-Rose s’efforcera de ressembler à cette sœur imaginaire qu’on lui donne en exemple.

Les adieux entraînent toujours un peu d’émotion. Pierre garde dans les siennes les mains de Marie-Rose ; il la tient sous son bon regard et c’est d’une voix très douce qu’il répète :

— Au revoir, ma petite fille… ma chère petite fille.

Dans ses rêveries, où Pierre occupe une très grande place, Marie-Rose ne se dit pas comme Charlotte « plus tard… » oh ! non ! elle est trop heureuse du présent. Jamais plus tard ne pourra être aussi beau.