Pierre n’a point dit à Marie-Rose qu’il l’aime, pas plus que Bernard ne l’a dit à Hélène, ni Maxime à Charlotte. Les jeunes gens très honnêtes et très chastes hésitent à prononcer pour leur propre compte, le mot amour dans lequel ils pressentent un inconnu sacré et qui leur fait un peu peur. Mais on s’entend très bien sans parler.


Comme pour Charlotte, comme pour la plupart des fillettes, le premier roman de Marie-Rose aboutit à une brisure.

M. l’abbé fut appelé auprès de sa mère mourante et resta un mois absent. Durant ce temps, il fut remplacé par l’un des Pères qui prêchaient habituellement la retraite, le Père Selleron dont Marie-Rose appréhendait la rigueur. Celles des pensionnaires qui fréquentaient annuellement son confessionnal, disaient de lui qu’il était sévère… oh ! mais sévère…

— Je suis sûre, confia la petite à la mère Saint-Jacques, son auditrice habituelle, qu’il vous épluche la conscience comme avec un petit couteau pointu.

— Tant mieux, répondit la bonne religieuse, une fois en passant, cela ne vous fera pas de mal.

Il fallut donc aller à confesse au Père Selleron ; et les prévisions de Marie-Rose se réalisèrent… au delà.

En sortant du Chœur, elle avait la figure rouge et les yeux extrêmement brillants, ce qui annonçait chez elle une émotion profonde et contenue. Au rebours de son habitude, elle ne desserra pas les lèvres jusqu’à la récréation. En se rendant aux Capucins, elle dit à Hélène qui était sa compagne de rang :

— Oh ! ce Père Selleron !… comme j’avais raison d’en avoir peur.

— Pourquoi donc ? interrogea tranquillement Hélène, qui n’était point coutumière de sentiments excessifs.