A la fin, Lucie Bradier se décide à répondre Maria, mais d’une voix dolente et lointaine qui redouble la joie de ses compagnes.

Libérée des obligations du règlement, mère Saint-Boniface se répand en reproches sur l’incurable mollesse de Lucie qui risque chaque jour de mettre tout le dortoir en retard.

Mais Lucie sait bien qu’elle sera prête en même temps que les autres, parce que les plus vives l’aideront à s’habiller et à mettre en ordre ses objets de toilette. La complaisance sous toutes ses formes est de règle au couvent, et notre paresseuse se dit que l’attrapade quotidienne est largement compensée par le plaisir d’avoir une demi-douzaine de femmes de chambre qui lui épargneront un peu d’effort et de mouvement.


Tout le monde est rangé autour de la longue table de toilette et procède aux ablutions… restreintes, en usage dans les pensionnats.

La mère Saint-Boniface se met à la coiffure, pendant que la petite sœur au voile blanc veille au bon ordre général, et donne un coup de main charitable aux maladroites et aux lambines.

La coiffure !… Ceux qui seraient tentés de croire à une opération de coquetterie incompatible avec l’éducation monastique peuvent être rassurés.

En voici le détail :

Quand les cheveux sont lissés, mais lissés comme on ne lisse nulle part ailleurs, on les divise par une raie qui va du front à la nuque et l’on en fait deux nattes serrées à bloc. On lie chaque extrémité avec un lacet de coton noir, puis on attache le bout de l’une à la racine de l’autre. Dans l’esthétique du couvent, cela constitue la coiffure en « berceau ». Si les nattes sont trop longues, on les reprend au milieu et on les fixe à la tête par deux épingles en fer noirci. On obtient ainsi un « double berceau ». Les nattes, au contraire, sont-elles trop courtes pour se rejoindre, on les laisse libres, mais le bout en est lié solidement. Les pensionnaires appellent cette troisième manière en « queue de rat » ou en « Cadet-Roussel ». Les cheveux sont-ils si courts qu’il est impossible de les tresser ?… ils n’échappent point pour cela au fameux cordon, on l’applique à la racine au lieu de l’appliquer à l’extrémité : voilà tout. Ce dernier mode porte le nom élégant de « petit balai ».

De ces quatre manières, on ne saurait dire laquelle est la plus vilaine ; mais les autorités compétentes affirment qu’elles sont parfaitement convenables pour des jeunes personnes. Que répondre à cela ?…