Chaque dortoir a son mode de cosmétique adopté par la maîtresse : pommade au bouquet, huile de noisettes, brillantine aux mille fleurs, etc. On n’a pas le choix. Les cheveux plats et les cheveux ondulés, les gras et les secs, les fins et les gros suivent le même traitement.

— Mes filles, déclare péremptoirement la mère Économe à celles qui réclament, vous nous empestez déjà assez comme cela ; on n’a pas besoin de faire un mélange de toutes vos horreurs. S’il ne tenait qu’à moi, l’eau de la pompe et un bon coup de brosse suffiraient à votre attifage.

Si la mère Saint-Boniface a choisi, pour son dortoir la « bandoline au géranium », c’est qu’elle n’a rien trouvé de plus lissant, de plus agglutinant, de plus infect ; de même que, pour elle, les peignes n’ont jamais de dents assez aiguës, ni assez dures.

Celles dont le cuir chevelu n’a point fait connaissance avec le peigne fin de la mère Saint-Boniface, celles dont la tête n’a jamais été imprégnée de « bandoline au géranium » ignorent un genre de supplice.


Les patientes ont beau implorer un changement de régime, leurs plaintes ne sont point écoutées.

Marie-Rose, alors qu’elle avait douze ans, leva même hardiment le drapeau de la révolte, mais sans plus de résultat.

Un matin, la bonne sœur Sainte-Claire entre au dortoir avec une figure de « vent debout », comme on dit dans la marine. Elle s’avance jusqu’au milieu de la pièce et prend un temps pour donner plus de poids à sa déclaration.

— A la lingerie, dit-elle, on se plaint que les « chevets » de ces demoiselles sont trop salis. Comme je réponds : « Ceux de l’Ange Gardien sont les pires. » Et mère Saint-Boniface n’a qu’à regarder pour se rendre compte que c’est vrai.