Il convient de remarquer que la classe bleue et le dortoir de l’Ange Gardien sont, de fondation, les boucs émissaires du pensionnat. Tous les méfaits anonymes leur sont attribués ; et, à faute égale, on leur découvre une malignité plus grande.

Les boucs émissaires se défendent de leur mieux, mais n’ont pas toujours gain de cause. Cette année-là, Marie-Rose s’est constituée le champion de l’Ange Gardien, champion vigilant et hardi, mais qui manque parfois de mesure.

— Bien entendu ! riposte-t-elle, hérissée comme un jeune coq, c’est grâce à cette horreur de « bandoline au géranium ». On n’a qu’à laisser nos têtes tranquilles, et nos chevets, comme dit la bonne sœur, ne seront pas plus salis que ceux des autres.

Cette apostrophe valut à Marie-Rose une bonne punition ; et le cosmétique abhorré continua de sévir.


Au couvent, il y a des mots que l’on évite de prononcer ; ce n’est pas qu’ils soient inconvenants, mais ils évoquent des idées qu’il est préférable d’écarter. Le mot corset est du nombre. On lui substitue des euphémismes dont s’accommode mieux l’extrême réserve des religieuses. On dit un corselet ou une brassière.

— C’est plus modeste, disent-elles.

Elles pourraient ajouter :

— C’est plus exact.

En effet, la pièce de costume dont il s’agit ne ressemble que de très loin à un corset. C’est un morceau de coutil gris avec des plis piqués qui en augmentent la raideur, et un vague baleinage que l’on a peine à découvrir tant il est discret. La brassière est toute droite du haut en bas, si bien qu’il faut des épaulettes pour la maintenir, autrement elle glisserait jusqu’aux talons.