Voici comment s’opère le laçage. On se place à la queue leu-leu ; la deuxième lace la première, la troisième lace la deuxième et ainsi de suite, la petite sœur laçant la dernière. Naturellement il y a une privilégiée qui se croise les bras. Mais, comme le règlement est établi avec une équité parfaite, c’est à chacune son tour d’être privilégiée.

Est-ce la jouissance de rester deux minutes à ne rien faire quand les autres s’occupent ? Est-ce tout simplement la satisfaction que chacun éprouve dans l’exercice de son droit ? toujours est-il que l’on revendique âprement son tour de privilège. On l’établit dès la veille au soir.

— Demain, c’est moi qui suis en tête pour le laçage.

Il se produit quelquefois des conflits de note aigre-douce.

— Béatrix, ne serrez pas tant, dit une fluette.

— Henriette, serrez davantage, réclame une forte, j’aurai l’air d’un sac.

— Que je serre ou que je ne serre pas, vous aurez toujours l’air d’un sac, ma pauvre Renée.

— Merci bien, vous êtes polie.

Marie-Rose a un critérium de serrage. Il faut que ses effets puissent opérer autour d’elle un mouvement de semi-rotation sans qu’elle les sente. Pour cette épreuve, elle a une manière à elle de se secouer de droite à gauche, puis de gauche à droite qui lui attire de nombreuses observations.

— C’est de la mauvaise tenue, affirme la mère Saint-Boniface.