Les entremets, les plats sucrés, la pâtisserie, sont rigoureusement prohibés. Le cidre étant la boisson du pays, on sert du cidre ; mais la moitié des enfants boivent de l’eau. Il faut un certificat du médecin pour que l’on permette aux parents de fournir du vin.

Le pain est du gros pain, un peu bis, que l’on cuit au couvent toutes les semaines. On le mange plutôt rassis que frais. Malgré cela, les fillettes le préfèrent au pain blanc du boulanger.

Les semaines où se trouvent plusieurs jours de maigre, en carême, par exemple, ou les jours des Quatre-Temps, il y a « galette de sarrazin ». Les palais fins et les estomacs délicats crieraient d’horreur devant ce mets qui fait la joie des pensionnaires. C’est une sorte de crêpe massive et lourde que l’on mange saupoudrée de sel.

— Il y aurait de quoi donner des indigestions au diable, déclare une vieille dame pensionnaire qui passe pour être friande.

Mais les petites filles ne sont pas le diable ; et elles jouent de si bon cœur à la récréation qui suit la galette de sarrazin, que l’indigestion ne saurait les atteindre.

Ce régime ne subit d’atténuation que quatre fois par an : à la fête de la mère Supérieure et à la Sainte-Catherine, où l’on sert ce que la bonne sœur Sainte-Philomène, la cuisinière en chef, appelle des « dariolettes[2] », à Noël, où l’on mange une dinde aux marrons, et le jour des Rois, où l’on partage la galette traditionnelle.

[2] Des mets recherchés.

Tel est donc le menu de la rentrée aux vacances. Les enfants les plus choyées au logis s’y soumettent très volontiers, et leur santé s’en trouve à merveille.


On bougonne bien quelquefois, mais seulement pour des questions de détail. Mère Saint-Jacques, l’Économe du pensionnat, fait la récréation des grandes ; et comme les récréations succèdent immédiatement aux repas, c’est-à-dire au moment où l’impression mauvaise est dans son plein, on en profite pour lui exposer ses griefs.