— Mère Saint-Jacques, voyons, cela ne ruinerait pas la Communauté, de nous donner un peu de beurre…, et vous savez, le lait sans sucre, c’est très mauvais.
— Mère Saint-Jacques, ce sont des pommes à lapin qu’on nous a données à la collation : elles étaient toutes véreuses.
La brave religieuse reçoit l’avalanche sans broncher. On l’aime beaucoup au couvent. Elle est un peu brusque, mais très indulgente et toujours de bonne humeur. Elle ne s’étonne ni ne s’indigne des doléances auxquelles elle répond invariablement :
— Bon !… bon !… c’est cela qui vous donne le teint frais.
On se plaint aussi au réfectoire, mais on est moins joyeusement reçu.
— Ma bonne sœur, je ne peux pas souffrir les poires blettes, donnez-m’en plutôt une trop dure.
— Je ne peux pas, mademoiselle, l’ordre est de distribuer comme ça vient.
— Comme ça vient !… Voilà un système qui ne me réussit guère ! Ça vient toujours des horreurs à mon tour.
— Qui est-ce qui cause encore du désordre ? Mlle Gourregeolles, naturellement.