La lecture au réfectoire a un double objet. D’abord les autorités compétentes sont persuadées, et avec justice, qu’on ne lit jamais en vain : à cause de cela, les lectures sont instructives. Mais on veut aussi obtenir le calme et le silence, et, pour se conformer à ce vieil adage : « On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre, » la lecture est attrayante.
Il y a pourtant des circonstances où elle est austère et grave. La veille des grandes solennités, on lit le Tableau poétique des fêtes chrétiennes. Pour le Carême et pour l’Avent, on sort un très vieux bouquin dont l’orthographe antique donne de la tablature aux pauvres Violettes, seules chargées de l’interpréter. Les f et les s se ressemblent, et on y lit : « Dans les tems où ils étoyent… » Ce vieux bouquin renferme des considérations sur la pénitence qui sont fort peu goûtées du jeune public. Ces jours-là, le réfectoire est particulièrement houleux ; et, quand la lectrice, en compensation du mal qu’elle s’est donné, ajoute au Tu autem… réglementaire : Et tu, auditor, ora pro me, il ne manque pas de voix pour répondre en sourdine : « Ah ! non, par exemple, vous êtes trop ennuyeuse. »
Le soir, au souper, on lit, racontée très brièvement, la vie du saint dont la fête se trouve le lendemain.
Après la lecture qui dure à peine un quart d’heure, la mère Surveillante arrive avec un papier pour faire les annonces.
« Les nos 17, 24, 32, 58 sont priés de se rendre à la confiscation. »
Ce qui revient à dire que lesdits numéros iront à la grande armoire où l’on confisque les objets laissés « à la traîne », et ne rentreront dans leur propriété qu’après avoir versé un sou pour les pauvres.
« Pas de Capucins aujourd’hui ; le temps est incertain. La récréation se fera dans la cour des Terrasses et sous le Gros Poirier. »
Cette annonce est généralement mal accueillie. Ce que, au couvent, on appelle les « Capucins », du nom des anciens propriétaires, est un ensemble superbe de cours et de jardins où les enfants se plaisent beaucoup.
« L’accordeur étant ici, personne ne bougera, pour les études et les leçons de piano, sans être appelé nominativement dans les classes. »