Quand les mères se sont demandé avec inquiétude dans quels magasins elles trouveront le jaconas, l’organdi, la levantine, la bisonne et autres étoffes inconnues du grand public, et quelles ouvrières seront assez habiles pour confectionner des calipettes, des pointes de cou et des manches à gousset conformes aux indications, elles apprennent, à leur grand soulagement, dans le dernier article, qu’on peut trouver le tout à l’ouvroir de l’orphelinat.
L’uniforme est dit noir et rose. Mais combien de noir pour si peu de rose !
La robe d’été en orléans (on prononce orléanse), à jupe paysanne et corsage à la Vierge avec une guimpe de nansouk ornée d’une petite dentelle encadrant bien le cou, est certes passée de mode, mais tout de même pas trop ridicule. On n’en saurait dire autant de la robe d’hiver : jupe plate devant, à plis plats derrière, corsage plat, manches plates dépassant le poignet : tout est l’aplatissement. Et la mère Saint-Boniface à qui, en sa qualité de Surveillante générale, incombe la responsabilité de la tenue, veille à ce que le règlement, sous ce chef, soit strictement observé.
La mère Saint-Boniface a une esthétique qui lui est propre et dont la ligne droite forme l’élément principal : ligne droite de l’épaule à la hanche, ligne droite de la nuque aux talons, ligne droite partout.
Il faut l’entendre, quand elle assiste aux essayages, répéter du ton aigrement suppliant qui lui est ordinaire :
— Montez les pinces, ma sœur Saint-Félix, montez les pinces…
Ou encore :
— Du large à la ceinture, beaucoup de large.
La première de ces recommandations a pour but de tasser la poitrine, la seconde de dissimuler l’amincissement naturel de la taille. La mère Surveillante n’a cure de l’anatomie pourvu que la bonne tenue soit sauvegardée.