Mais il y a des natures indociles qui s’épanouissent où et comme il leur plaît ; et la mère Saint-Félix, qui a du bon sens, accepte ce qui lui semble inévitable. Aussi, est-ce avec une imperturbable philosophie qu’elle répond aux objurgations de la mère Saint-Boniface :

— C’est comme ça… c’est comme ça, ma pauvre sœur, quand on dirait…

Il y a encore ceci que, en sa qualité de maîtresse de l’ouvroir, elle ne tient pas à ce que la mauvaise façon de ses robes lui attire le blâme des familles.


Le vêtement d’hiver est un talma. Dans le monde, il y a longtemps que ce genre de confection porte le nom de pèlerine ; mais, au couvent, on demeure fidèle aux vieilles appellations ; et l’on continue à dire talma sans se douter que ce mot évoque tout ce qu’il y a de moins édifiant : un comédien !… les planches !…

On ne se doute pas non plus que le nom de pardessus d’été donne lieu, dans le profane, à des interprétations plaisantes. C’est une sorte de jaquette très peu serrée à la ceinture, assez néanmoins pour mériter d’être appelée « pince-taille ». Les religieuses, pas plus que les enfants, ne songent à s’étonner de ce mot auquel elles sont habituées ; mais les non initiés s’en amusent fort. Marie-Rose en fit l’expérience.

Comme elle oubliait aisément les commissions dont on la chargeait pour sa grand’mère, elle les faisait dès que cela lui passait par la tête, peu importait le moment.

Un jour donc, au déjeuner de famille où assistaient ses frères, ses cousins et quelques amis d’iceux, elle dit à brûle-pourpoint :

— Bonne maman, la mère Sainte-Clotilde dit que les manches de mon pince-taille sont un peu courtes et usées du bout. Elle demande dans quelle mesure tu autorises la réparation.

Il y eut autour de la table des exclamations de surprise amusée.