Au couvent, on a décrété que le chapeau rond est tout juste bon à garantir les enfants du soleil pendant la récréation, qu’il n’est pas digne de figurer à la chapelle : il donne une allure trop évaporée. La capote est tout de même un peu « bonne femme ». On a beau avoir renoncé aux pompes de Satan pour soi et pour autrui, cela ne va pas jusqu’à déguiser les petites filles en grand’mères. On prend donc le moyen terme qui, dans l’espèce est le chapeau fermé.

Ce chapeau que l’on désigne encore, avec plus d’exactitude que de révérence, sous le nom de cabriolet, emboîte complètement la tête et les oreilles, se termine derrière par un bavolet de soie et s’attache sous le menton par de larges brides de ruban. Le creux de la passe est comblé par une ruche de blonde où se nichent des roses-pompon.

Les brides du chapeau, le bavolet, les fleurs, plus un tour de cou pour les dimanches, constituent la partie rose de l’uniforme. Tout le reste est noir, sauf pourtant les bas qui sont blancs en toute saison.


Le chapeau d’été est en paille d’Italie ; celui d’hiver est en peluche. Mais, par peluche, il ne faut pas entendre cette étoffe soyeuse et lisse que tout le monde connaît ; non, c’est une étoffe bizarre, à poils ternes, rudes, hérissés, une étoffe hirsute, pourrait-on dire, et qui semble fabriquée tout exprès pour le couvent. Chaque année, à la Toussaint, lorsqu’on reprend l’uniforme d’hiver, le bruit renaît que l’on utilise ainsi les vieux bonnets à poil des grenadiers de l’Empire dont le couvent a acheté un stock considérable au moment de la Restauration.


A tout prendre, ce n’est pas plus laid qu’autre chose, ce petit minois que l’on aperçoit au fin fond du chapeau cabriolet nimbé de blonde légère avec la note gaie des roses-pompon. Mais cette coiffure donne la dernière touche à l’uniforme rococo, désuet, suranné qui fait appeler nos pensionnaires « les petites 1830 » quand elles sont en troupe, et « Madame Adélaïde » quand elles sont isolées.

IV
LE MAITRE A DANSER

Au couvent, on tient à honneur de n’employer aucun professeur du dehors, les religieuses suffisent à tout, même à l’enseignement des langues qui est donné par des Irlandaises et par des Allemandes catholiques. Il est cependant une chose qui sort de leurs attributions : la danse.

Le « maître à danser », comme disent la mère Supérieure et la mère Préfète qui sont pour les traditions, a donné des leçons aux mamans des pensionnaires actuelles ; il est, pour ainsi dire, de fondation. Pourtant, quelle affaire, chaque année, quand les cours recommencent. Il y a des conciliabules sans fin entre la Surveillante générale et la mère Saint-Vincent qui, depuis vingt-cinq ans, « garde » la danse.