On renouvelle les instructions d’ordre général et les recommandations particulières à quelques élèves dont l’humeur paraît menaçante.
« Les leçons de danse — ou, plus proprement, les leçons de maintien, car la danse n’est que l’accessoire et les pas que l’on exécute sont simplement destinés à donner aux manières plus d’aisance, de discrétion et peut-être aussi… plus de grâce — les leçons de maintien, dis-je, sont une concession… excessive au goût du siècle. Il convient donc d’y apporter une réserve, une décence extrêmes. La modestie, plus encore que la grâce, est la vraie parure des jeunes filles, etc., etc. »
De tout temps, les pensionnaires ont entendu ce discours ou d’autres semblables : autant en emporte le vent.
A l’époque où « ce bon M. Loudel » avait débuté comme professeur de danse, il était escorté de sa femme qui tenait le violon d’accompagnement, et cette circonstance avait sans doute contribué à le faire admettre au couvent.
Quand « la respectable Mme Loudel » résolut de prendre sa retraite, elle proposa son fils pour la remplacer. La substitution ne se fit pas sans beaucoup de paroles et de cérémonies. Les Loudel durent plaider longtemps leur cause.
— Notre fils, madame la Supérieure, notre fils Jean-Baptiste est un homme sérieux… Il a trente et un ans…, il est marié…, père de famille…
Comment, en fin de compte, n’avoir point confiance dans un homme de trente et un ans…, sérieux…, marié…, père de famille… et qui, par surcroît, s’appelait Jean-Baptiste !…
Et puis, le moyen de se tirer d’affaire autrement ?… On ne pouvait supprimer le violon ; et, que le maître à danser fût accompagné d’une femme autre que « la respectable Mme Loudel », voilà une hypothèse que l’on n’envisageait même pas.
Jean-Baptiste fut donc admis à l’honneur de faire sauter les petites pensionnaires, et jamais on n’eut à s’en repentir.