Jean-Baptiste arrive avec son père ; et, pendant que celui-ci se dépense en amabilités, lui, d’un salut profond et rapide qui le casse en deux, s’incline devant la mère Saint-Vincent d’abord, puis devant ces demoiselles. Ensuite, il déballe son alto un peu enroué que les enfants ont baptisé « viole d’amour » ; et, après quelques accords, il demeure immobile, les yeux fixés sur son père, l’archet en suspens, attendant le signal.
— Jean-Baptiste…, partez…
Un déclenchement, et Jean-Baptiste part.
— Stop !
Jean-Baptiste s’arrête avec la même précision pour repartir au premier ordre.
Les fillettes disent quelquefois :
— Est-on bien sûr que Jean-Baptiste est vivant ?
Au couvent circule cette légende que le prétendu fils Loudel n’est autre qu’un vieil automate conservé soigneusement depuis Vaucanson. Chaque année on l’époussète, on le brosse, on l’astique pour la reprise des cours de danse ; et, la saison terminée, il réintègre l’armoire du grenier où, pendant tout l’été, il dort son sommeil de marionnette.