Le cabinet de la mère Préfète est très clair et très gai. La religieuse campe Marie-Rose devant la fenêtre dont elle relève le store afin que la petite puisse juger de sa nouvelle habitation : d’abord, de chaque côté d’un escalier de pierre dont les marches se sont creusées sous les petits pas qui les martellent depuis si longtemps, deux terrasses en pente, toutes fleuries de boules-de-neige et de lilas ; au-dessus, un vaste berceau de chèvrefeuille ; puis deux autres terrasses plus petites pleines de corolles épanouies ; et, à l’infini, des jardins très verts d’où s’envolent les pétales blancs ou roses des arbres fruitiers.
L’impression que reçoit la petite fille est si charmante et si douce, que sa figure, demeurée un peu grave, s’éclaire d’un sourire. Sa voix prend une intonation câline pour dire :
— Il est très joli votre couvent, madame, et j’aimerais bien me promener dans les jardins avec ma petite sœur d’Ailly. Voudriez-vous envoyer Coudert la chercher, s’il vous plaît ?
La religieuse s’arrête d’écrire, un peu stupéfaite que cette toute petite fille de trois ans et demi ait retenu d’emblée, non seulement les noms, mais les attributions de gens qu’elle vient de voir pour la première fois.
— Oh ! dit-elle avec un sourire de satisfaction, je vois que nous sommes largement pourvue d’observation et de mémoire ; c’est très bien, cela. Maintenant, écoutez-moi, Marie-Rose, il ne faut pas appeler les religieuses madame, il faut les appeler ma mère. Vous apprendrez bien vite à distinguer celles qu’il faut appeler ma bonne sœur ou ma petite sœur.
Souriante et entrant de la meilleure grâce du monde dans le rôle tout nouveau pour elle de pensionnaire, la fillette répond après une légère hésitation :
— Oui… ma mère.
Les voilà donc parties toutes deux pour les jardins, Marie-Rose et la jeune postulante ; celle-ci se dépensant en amabilités, celle-là tout oreilles, écoutant les explications qui lui sont faites sur la vie et les hôtes du couvent. De temps à autre, elle réclame un supplément d’information au sujet des choses et des mots qui la touchent pour la première fois.