— Qu’est-ce que c’est ?… qu’est-ce que cela veut dire ?…

Sœur d’Ailly répond en termes clairs, précis, et sans concession trop marquée à la toute petite intelligence de son interlocutrice. C’est pour l’enfant la première initiation à ce langage qu’elle doit entendre pendant treize ans, langage sérieux, élevé, si simple pourtant dans sa noblesse, qu’après un court entraînement, il est accessible aux esprits les plus jeunes et les moins développés.


Soudain, une cloche qui sonne quinze coups, vient troubler la paix des jardins fleuris.

— Voici la collation, Marie-Rose, descendons.

Elles sont au haut de l’escalier quand, d’une large baie cintrée, sort en brouhaha un groupe de fillettes en tablier noir où tranche une ceinture de laine bleue, puis un second groupe en ceinture jaune, puis un troisième en ceinture rouge, un autre encore, celui-là beaucoup plus grave, où se mêlent des ceintures blanches et des violettes ; puis un dernier groupe de toutes petites avec une ceinture verte.

Marie-Rose n’a pas encore eu le temps de se reconnaître dans ce joyeux tumulte que, déjà, des cordes tournent, des cerceaux roulent, des ballons rebondissent. Dans un angle de la cour, une queue s’organise et les enfants de toute ceinture défilent devant la table où l’on distribue des tartines.

— Ce sont les pensionnaires ? interroge Marie-Rose.

— Oui, ma petite fille, ce sont les pensionnaires, nos enfants.

Et cette expression maternelle « nos enfants » est charmante dans la jeune bouche qui la prononce.