La révérence est un des points principaux des cours. Au couvent, on ne rend les honneurs qu’avec la révérence, et Dieu sait la variété de nuances que cette cérémonie comporte. Il y a d’abord les trois révérences classiques : en avant, en arrière, en passant ; puis, une révérence pour la chapelle, une pour l’entrée et la sortie des classes, une pour les parents, une pour les personnes à qui on doit le respect, une pour le reste du genre humain. Si même quelque élève de M. Loudel se mariait dans la diplomatie, elle ne serait pas empruntée pour se présenter à la cour, car elle aurait appris la révérence qui convient aux monarques.


Les leçons de maintien et l’enseignement de la révérence n’absorbent pas tout le temps dévolu aux cours. Aux accords de la « viole d’amour », on exécute des mouvements d’ensemble ; on fait des défilés, des marches, des dédoublements, des conversions, des démarrages et des arrêts, puis des flexions cadencées des bras, des jambes, du buste. Ce sont, à proprement parler, les musical-drills, si fort en vogue dans les Iles-Britanniques et que l’on essaye, sans y réussir, de vulgariser chez nous. Les petites pensionnaires de la génération de Marie-Rose les pratiquaient couramment au fond de leur vieux couvent de province.


On enseigne encore les pas si jolis du dix-septième siècle : le menuet, la gavotte, la pavane. A ce sujet, M. Loudel ne déteste pas faire, sous couleur d’observations, un peu d’érudition et d’éloquence.

— Mesdemoiselles, le menuet — pas menu — a pour origine un ancien branle du Poitou. C’était un pas essentiellement naïf et gai, il faudrait, autant que possible, ne point trop l’éloigner de son allure primitive. Or, Mlle Charost le danse comme si elle avait des bottes de sept lieues…

… La gavotte, mesdemoiselles, la gavotte, de style délicat, un tantinet précieux…, mais vous ne le comprenez pas du tout. Vos mouvements sont saccadés, nerveux… Vous ressemblez à une troupe de marionnettes… Faut-il tout dire ?… on se croirait chez Corvi…

… Mademoiselle Gourregeolles, je vous prie…, la pavane est un pas grave, sérieux, solennel…, un pas de reine… Autrefois, les dames l’exécutaient en robes à traîne, lourdement brodées et chargées de pierreries, les seigneurs en manteau, les gentilshommes avec la cape et l’épée… Vous, si je puis m’exprimer ainsi, vous sautillez comme une bergeronnette.


On tolère encore quelques « contredanses » modernes — le mot quadrille est proscrit comme trop évaporé. Il fallut beaucoup de réclamations de la part des familles pour que l’on autorisât les « danses à deux » : polka, scottish, mazurka, varsovienne. Encore, fût-ce à la condition expresse qu’on ne se prendrait point la taille. On se tient donc par les mains sous prétexte que c’est plus gracieux.