La commissionnaire revient au bout d’un instant avec un livre, un cahier ou tout simplement un autre papier blanc, sans se douter qu’elle vient d’être l’objet d’une cure d’exercice corporel.
Quelquefois, on prétexte une petite réparation à faire pour envoyer le jeune sujet jusqu’à l’ouvroir de l’orphelinat. L’air vif des jardins, la marche, un rien de distraction suffisent pour sortir les unes de leur torpeur et pour apaiser chez les autres la légère irritation nerveuse dont elles souffraient sans s’en douter.
Une pauvre petite qui, l’hiver venu, s’engourdissait et se refroidissait dès qu’elle était en repos, et que, pour cette raison, les malicieuses appelaient « la tardigrade » était envoyée, à chaque changement d’exercice, à l’appartement. Là, les pieds sur une chaufferette, les mains dans l’eau chaude, elle restait cinq minutes avec la bonne sœur qui avait ordre de la faire babiller tout le temps.
On fait faire aux trop sensibles, à celles dont les larmes coulent pour tout et pour rien, de longues stations dans l’atmosphère lumineuse et vivifiante du Berceau Fleuri, ou de bonnes marches dans les allées des Capucins toujours pleines de soleil. Tandis qu’on envoie les irascibles et les révoltées réciter quelques dizaines de chapelet dans le tranquille parterre de Nazareth. La mère Préfète avait coutume d’affirmer que « le grand air et le soleil du bon Dieu sont des remèdes qui ne coûtent rien et qui ne font pas mal à l’estomac ».
Les enfants qui ne sont pas très bien portantes ont les voyages réguliers à la petite infirmerie où l’on absorbe pilules, sirops, huiles, etc. Pour d’autres, dont la santé ne semble pas compromise, mais qui supportent mal une immobilité prolongée, la mère Saint-Paul qui est une infirmière pleine de bon sens et d’observation, a institué un jeu de tisanes s’adaptant au tempérament de chacune et dont l’absorption est un prétexte à sorties.
Bien entendu on ne dit pas aux élèves : « Mes enfants, vous n’êtes pas dans votre assiette, il vous faut une petite promenade pour vous remettre d’aplomb », parce qu’aucune n’aurait jamais été dans son assiette ; on s’arrange tout simplement pour concilier le respect des règlements avec la santé des fillettes.
Mais il ne venait à l’idée de personne que ces moyens si excellents qu’ils fussent étaient suffisants pour corriger les mauvaises dispositions d’une enfant. Et, en même temps que le corps, l’âme était soignée avec sollicitude, persévérance, énergie.
Les heures de silence. — Il y a une coutume que l’on tient de la vie monastique et qui paraîtrait à beaucoup de gens surannée et barbare : celle des heures de silence. Au couvent, on y attachait un grand prix.
L’enfant est-elle maussade, grognon, ou bien acerbe, ou encore trop susceptible, et tout cela avec persistance ?… La devine-t-on dans cette disposition mauvaise où nous croyons que tout est contre nous : les personnes, les choses et jusqu’aux événements ?… L’autorité, au lieu de sévir, guette une manifestation tangible de cette mauvaise humeur pour appliquer les « heures de silence ».